Je cherche le sommeil, je n’ai que quelques heures avant la traite du matin, cette idée me met la pression et, effet contraire, m’empêche de sombrer. C’est absurde. On connaît tous ça.
Je fixe le plafond, le sac de couchage remonté jusqu’au menton. Je me frotte un pied contre l’autre plus par habitude que pour me réchauffer.
Soudain je ressens une grande vibration qui vient du ventre et remonte dans le thorax. Onde de choc. Je pense à mes parents et à ma sœur. L’air s’engouffre dans mes bronches et le manque d’eux que je ressens envahit tout mon corps. Début de sanglot, deux larmes silencieuses roulent jusqu’à s’écraser sur l’oreiller.
Je viens de ressentir physiquement la distance et le temps qui me séparent des miens. Ma famille, ma tribu. J’ai l’impression d’être un de ces gros téléphones sans fil dans années 80 resté un peu trop longtemps éloigné de sa base. Il y a de la friture sur ma ligne. Ma tête a beau vouloir continuer, j’ai le corps qui rappelle à l’ordre. L’appel du clan. Amour instinctif. Ma chair a lancé un appel de sang.
La vague est intense et furtive. Quelques secondes à peine et le mental reprend possession des lieux. La raison domine à nouveau. Le tissu a absorbé les larmes, déjà souvenirs d’un amour furieusement vivant. Il faut dormir. Plus que quelques heures avant la traite.
Ce soir j’arrive pas à dormir. Vous devez connaître ça, quand on est épuisé et que l’on n’arrive pas à débrancher ses pensées. On a le cerveau comme un vieux frigo qui turbine, bruit de fond dans la cuisine.
Ma tête me dis que je fais tout de travers. Du travail de bricoleur comme dirait mon père. J’ai presque envie de prendre le prochain avion et de laisser la moto derrière moi. Oublier tout ça.
J’ai le mental qui m’harcèle de négativité, sale larsen dans les oreilles depuis quelques heures. Je ne suis pas assez ceci, trop comme cela, bref, rien ne va chez moi. Le dimanche quand tout le monde s’adonne à ses passions ou juste se détend le slip devant Netflix, mon programme à moi comporte soit des trous dans le corps avec passage à l’hosto – éventuellement un petit détour par le bloc opératoire si on est joueur -, ou alors atelier « comment frôler la catastrophe mécanique ». Je mets plus de vis dans mon corps que dans ma machine.
J’ai toujours pensé que tant que l’on a du plaisir à faire et à apprendre quelque chose, cela vaut bien les égratignures et les ratures. Si on échoue c’est parce qu’on essaye. Et ça, et bien c’est déjà un succès: essayer. Le vrai échec, c’est de ne rien tenter.
Mais aujourd’hui j’ai réalisé à quel point je me suis mise en danger avec ma chaîne toute défoncée, mes plateaux aux dents limées, sans parler des disquettes de frein usées. J’ai réalisé que j’avais eu du cul de pas me prendre le pied dans une chaîne qui pète en plein vol sur l’autoroute. Sans parler de la chute que cela aurait provoqué alors que je roulais à 100 à l’heure. Sauf que quand j’étais en train de doubler ce camion sur le périph, j’étais encore persuadée que le bruit et les tressautements que je percevais, venaient de l’engin, de l’avant de la machine. Il doit y avoir un truc qui couille dans le bidule au niveau du machin près de cette chose là… et j’étais en route pour aller dans un atelier meca demander de l’aide, parce que franchement, moi, j’y connais rien. Je suis un désastre ambulant, je bite que dalle au fonctionnement de Momo, je n’ai pas de boîte à outils et encore moins de pièces de rechange avec moi. A quoi bon, je serais bien incapable de changer quoi que ce soit toute seule. Mais pas de panique, pas d’accident, le déluge et la pluie de boulons ce sera pas pour maintenant. Après plusieurs heures à l’atelier communautaire à utiliser des objets dont j’ai déjà oublié les noms anglais, à écouter religieusement le mécano, et à reproduire les gestes prodigués sur les rouages du chameau, tout est en ordre à nouveau.
Mais c’est trop tard. Mon cerveau est passé en mode autoflagellation. Je ne vois que les erreurs, les défauts, le manque de connaissances et de compétences. Je suis en colère contre moi même, ma paresse et mon dilettantisme. Je me juge, me compare, je deviens mon propre bourreau intérieur. J’en viens à penser que je ne mérite même pas l’aide que l’on me donne, l’admiration que certains me portent. Je suis une imposteur, un pastiche de la personne que j’aurais voulu être. Un brouillon raté de moi-même. Peut-être qu’il faudrait tout arrêter et puis recommencer.
Et au lieu de voir tout ce que j’ai accompli, tout ce que j’ai appris depuis que j’ai les fesses sur une selle, je ne vois que l’immense chemin à parcourir pour … pour quoi, tiens ? Pour être quoi? Pour être qui? Parfaite ?
Ah! Ça y est, je t’ai attrapé ! Je te tiens!
Mental dictateur, pensées négatives et juge auto-dépréciatif. Destructeur.
Fainéante, lazy – en anglais c’est plus sexy – dilettante, amateur. Les mots prononcés par d’autres, ces adjectifs qui nous déqualifient, des maux prononcés qui résonnent depuis des années. Si bien que j’ai fini par les adopter. Je suis comme cela. Je suis ça.
NIQUE !
NIQUE ÇA !
Je suis méticuleusement dilettante. Je suis fainéante et hyper active. Je suis consciencieusement amateur et professionnellement passionnée. Obstinément imparfaite.
Apprendre la patience et l’indulgence pour les autres et pour moi-même est le défi le plus complexe et le plus enrichissant que m’offre ce voyage.
Apprendre chaque jour est ce qui me fait avancer. Ça et une chaîne bien huilée…
On vous a déjà dit qu’il faut plutôt voir le verre à moitié plein que le verre à moitié vide? Une histoire de points de vue et tout ça. J’ai jamais bien compris cette expression. Le verre, moi, je le veux ni à moitié vide ni à moitié plein, je le veux rempli à ras bord. Ras la gueule. Quand c’est tellement plein que tu peines à le tenir entre tes doigts et que tu dois tendre les lèvres pour embrasser ridiculement le rebord et siroter comme un enfant ou un petit vieux le liquide précieux. Car eux ils ont tout compris à la vie. Les enfants et les vieux.
Il y a que les adultes pour se faire chier avec des bonnes manières, de l’équilibre et des raisonnements. Il y a qu’eux pour rendre tout aussi ennuyeux. Le petit geste de la main, « hop, ca suffit, merci ». On va pas être trop gourmand. Oh bah non, pourquoi vivre pleinement? Pourquoi embrasser la vie en s’en mettant plein les doigts et en ayant l’air ridicule ?
J’ai jamais compris cette expression. J’ai jamais compris qu’on parte du principe qu’il n’y ait qu’une réalité possible, une balance, un milieu, une norme et que tout est question de points de vue vis a vis de cette réalité. Il faut voir le bon côté des choses, qu’on dit. Putain elle est chiante aussi cette expression. C’est chiant le bon côté des choses. Ce qui est bon c’est les bonnes choses, pas leurs côtés. Quand on me dit de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, je réponds que je veux pas d’une moitié de verre. J’en veux un dixième, un litre dans 12 centilitres et plus et peut-être moins encore. Je veux milles niveaux possibles dans le verre, selon que j’ai soif. Je veux milles réalités possibles et impossibles, milles vies. Et je veux pas voir, bordel. Je veux juste boire. J’en veux pas de leur concept de fatalité acceptée avec deux options aux choix: ou tu chiales et tu subis ou tu te passes de la pommade à coup de positivité et tu subis.
« Fanette, arrête de faire l’enfant voyons, tu vas pas nous pomper l’air avec ton verre, là. » Ben non j’arrêterais pas, tiens. Tu veux que je viennes mourir d’ennui avec toi? Ah ah c’est niqué, je me ferais pas avoir deux fois! Je suis enfant et vieille, gamine et sénile, je suis animal et fou, je mange et m’en mets partout, je ris et je pleure en même temps, je roule dans les flaques et tombe dans la boue, j’ai du sable dans les cheveux, du metal dans les os et de la graisse sous les ongles. Je bois la vie jusqu’à plus soif. Le verre, vous pouvez le garder. Je m’en fous.
Du raisonnable, du raisonné, Qui sent le rancie et le frustré Mais qu’on t’emballe dans du plastique pour garder frais. De l’amour réchauffé, des sentiments tièdes, Avec un filtre Juno ou Valencia pour faire plus vrai.
Hash- ta-gueule De la joie fake, du bonheur posé, Mais quand est-ce qu’on a oublié comment vivre, sans déconner ? Des cœurs mous qui savent plus comment vibrer. Attendez, je vais demander à Siri comment on fait.
On s’endort dans les substituts de bonheur, On fermente dans nos addictions parce qu’il y a que comme ça qu’on se fait moins chier. On panique, on crise d’angoisse, on trouble alimentaire, On Xanax ou on Lexomil, On tente de contrôler pour se rassurer, on a peur du chaos, On a oublié qui on est. Matière et pensée. On médite et on en appel au Buddha intérieur qui s’est planqué sous les couches de pepitos et de Macdo.
On c’est moi. C’était. Mais ça le sera toujours encore un peu. On c’est peut-être toi. Mais enfin, ça, tu me diras.
Alors tu vois, un jour, à force de regarder le bon côté des choses et de rien voir de bien folichon. A force de congés payés de temps en temps dans l’année quand les vacances scolaires sont passées. A force de rencards tinder décevants et d’orgasmes simulés. A force d’insomnie à rêver qui je veux être en scrolant sur l’écran. A force de forcer. A force d’essayer de vivre dans un cadre qui fait que de se casser la gueule du mur. A force de voir le verre à moitié à vide puis à moitié plein et ainsi de suite. Ben j’ai décidé de mettre le verre dans un carton, de ranger les photos du passé, de sortir de mon cadre et de pousser les murs. J’ai décidé de ne plus lire les citations spirituelles et motivantes d’un éphéméride reçu à Noël 2008 mais de les mettre en action au présent. J’ai décidé de voyager à temps plein, du travail occasionnel, de quoi avancer et manger, on est pas en cdi mais on est pas mal. J’ai décidé de jouir de tout et beaucoup. J’ai décidé de ne plus contrôler, d’embrasser l’imprévu, le chaos, cette bouche et puis celle-là aussi. J’ai décidé de passer mon insomnie à te raconter tout ça.
Aimer, sentir, ressentir, penser et puis écrire. Partager. Qui sait?
J’ai cette maman qui n’en a plus depuis très longtemps.
A 7 ans, ma maman a perdu la sienne. Un frère et une sœur déjà partis de la maison, un papa qui n’arrivait plus à s’occuper d’elle. Elle, la petite Véronique, est partie vivre chez sa tante, puis chez l’autre, et puis en pensionnat. J’ai cette maman qui pour son premier jour d’école, n’ayant personne pour l’accompagner jusqu’à sa classe, ne savait pas où aller. Et timidement, de peur de se faire remarquer, elle s’était faufilée dans la première rangée trouvée. A peine la première minute commencée que tous les yeux étaient rivés sur elle. Cette petite fille égarée dans la mauvaise classe.
J’ai cette maman qui a perdu sa grande sœur alors qu’elle n’avait que 12 ans et que Cloclo faisait danser la France. Et il a fallu ravaler les sanglots, car plus jeunes encore, à présent orphelines de leur mère, étaient ses deux petites nièces. Mes cousines, Virginie et Pascaline.
J’ai cette maman qui n’aime pas les drames, les conflits, les disputes. Pour nous faire taire sans broncher, elle n’avait qu’à faire ses grands yeux ronds, le menton légèrement relevé. Elle n’aime pas la violence non plus. Et s’il lui est arrivé de perdre patience et que des claques s’égarent sur nos joues à force de cris et de chamailleries, ses joues à elles étaient bien plus rouges encore que les nôtres tant elle s’en voulait. J’ai cette maman qui ne diminue pas les gens, petits ou grands. J’ai cette maman qui traite tout le monde dignement.
J’ai cette maman qui depuis ses 20 ans, s’occupe de vieilles personnes. Une rose pour la Saint Valentin, un brin de muguet pour le 1er mai, ces petits détails qui apportent plus que des services à domicile. De l’humanité. Ma maman elle parle toujours très fort, un peu par habitude, à force de parler aux personnes âgées. Et puis surtout elle les écoute. Moi, petite, j’étais un tantinet effrayée de ces gens à la peau toute fripée, des sonotones couleur chaire dans les oreilles, qui font des bisous ventouses par rafale et nous donnent des biscuits au goût d’humidité. Mais pas ma maman. Elle sait comment tenir leurs mains fermement et doucement entre les siennes pour transmettre de sa chaleur et les rassurer.
J’ai cette maman qui peu avant ses 50 ans a du se battre contre le même cancer qui lui avait pris sa mère. Cette maman qui tient tellement à protéger ses enfants, qu’elle attendit les fêtes de noël et nos examens passés pour nous l’annoncer. Ma maman, elle ne se plaint jamais. Elle ne parle pas beaucoup non plus, elle écoute.
J’ai cette maman qui fait de la magie avec ses mains. Que ce soit en nous régalant d’endives au jambon à la béchamel, en nous grattant le dos avec ses ongles longs pendant qu’on regardait la télé, en nous massant le bidon constipé le soir avant d’aller nous coucher ou tout simplement en nous prenant dans ses bras, contre sa poitrine pour nous inonder d’amour parfumé.
Ma maman est la paix incarnée. Certains pensent qu’on peut lui marcher sur les pieds, jusqu’au moment où ils commettent l’erreur de lui parler de ses enfants. La lionne est lâchée.
J’ai cette maman qui a traversé, en guerrière silencieuse et majestueuse, des batailles de vie, desquelles je n’aurais jamais réchapée.
Alors maman, quand tu te demandes d’où me viennent ma force et mon courage, je souris. Je souris de voir que tu es si modeste, que tu ne vois même pas tout ce que tu nous a transmis.
Aujourd’hui maman, je crois que je n’ai plus peur de te perdre un jour. Car quand je te regarde, je vois cette mère que tu n’as plus depuis longtemps, cette grand-mère que je n’ai jamais connue et dont je porte le prénom, Odette.
Quand je te regarde, je comprends que le lien qui existe entre une mère et ses enfants est plus fort et infini encore que la mort elle-même.
Aujourd’hui, tu n’es pas en train de lire ce texte sur ton ordinateur, un café à la main, en peignoir dans la cuisine de ta maison à Menetou-Salon.
Non. Car tu es avec moi, ici, à l’autre bout du monde et partout où j’ai été avant et partout où je serai après ça.
Tu es dans ma rage de vivre, même quand je suis tentée de baisser les bras. Tu es dans l’amour que j’essaye de donner autour de moi, même quand je lutte à m’aimer. Tu es dans mes mains quand j’essaye de soulager une peine et de faire du bien. Tu es dans mes mots, quand je te parle, seule sur ma moto. Tu es dans le silence de la nature qui m’apaise. Tu es dans la nourriture qui me réconforte.
Tu es force de vie. Amour inconditionnel. Lien invisible et immortel.
Je cale à mort sur ta déclaration là. Je te ferai un Haïku. C’est bien ça les Haïkus, nan ? C’est court et léger. Tout ce que je sais pas quoi. Nan plus sérieusement, j’ai un coup de pression, trop de choses à dire je sais pas par où commencer.
Je pourrais raconter comment petites tu nous faisais à manger, qu’une fois même, tu m’as aidé parce que j’avais fait pipi au lit et que papa voulait pas se lever. Je pourrais raconter cette fois, quand je t’ai demandé ce que la petite voisine de Gousseauville voulait dire en nous montrant son majeur et que tu m’as raconté que c’est une façon de “dire bonjour”. La grande sœur qui t’explique la vie et qui prend soin de toi. Celle qui me donnait la becquée, une touffe d’herbe entre les dents, lorsqu’on jouait à être des oiseaux dans les nids que l’on construisait au bord des champs de paille, quand on allait voir mamie.
Et puis la grande sœur qui charrie sans pitié parfois. Comme quand tu es venue avec ta copine à la récrée, te moquer de ma chemise en jean XXL, que j’avais cru intelligent de porter en robe en attendant qu’elle m’aille. Comme quand tu as vendu en loucedé mes barbies à la braderie alors que j’avais le dos tourné. Ah ça non, j’ai pas oublié!
Mais t’en fais pas, j’ai pas oublié non plus, comment tu as ravalé tes larmes de petite fille, quand à 7 ans t’as retroussé tes manches pour faire tourner le quotidien une fois que maman avait quitté papa. Tandis que moi, je faisais rien. Rien que sangloter. Et je savais même plus pourquoi on pleurait lui et moi. Et puis petit à petit on s’est tous remis à se marrer. Entre deux bouts de poireaux crachés discrètement dans la serviette de table et secoués machiavéliquement dans la cuvette des toilettes. Entre les toiles de la tente qu’un renard était venu gratter dans les Pyrénées. On s’est marré quand t’es allée en pantoufles à l’école, quand papa est passé à travers le plancher en dansant sur un CD de Lorie. On s’est marré tous les trois en Écosse quand il fallait éponger la pluie qui transperçait la capote pas très waterproof de Rosalie, quand cette même deuch s’est mise à partir à reculons en montant un col en Italie. Quand on se perdait à chaque rond point au Portugal. On s’est marré à deux en Russie, même si j’ai vomi toute la vodka dans le lit en pleine nuit et puis en Allemagne aussi. Au Mexique quand Cumbia et Mezcal était de la soirée. Et puis on a bien chialé aussi. Ça on sait faire chez les Bossuyt. De vrais experts!
On s’est disputé un paquet de fois, crêpé le chignon à en devenir chauve. Je crois même que une fois ou deux, je t’ai détestée. Je me suis souvent sentie rejetée et je t’ai rejetée à mon tour, il y a pas si longtemps encore. Je t’aimais tellement et j’en voulais autant en retour. Et puis j’ai pris mon chemin, de loin on voit beaucoup mieux les détails. Je t’ai (re)découverte.
Clémentine, boule à facettes qui reflète toutes les émotions de la vie dans un air de fête. Tiens, voilà, je l’ai mon Haïku.
Clémentine qui danse et scande des airs de rap avec les fesses en arrière, le buste en avant et les bras qui moulinent. Clémentine qui aime sourire mais dès qu’il y a un objectif, elle fait des sourires inversés. On dirait qu’elle a croqué dans un citron hallucinogène. Clémentine avec son immense cicatrice de guerrière, grande gagnante du combat des genoux pourris. Clémentine travailleuse consciencieuse qui se fourre des stylos bic dans le nez. Hyper sérieuse et complètement déconnante à la fois, franchement je vois pas comment raconter ça moi! Clémentine qui a peur qu’on l’abandonne et qui ne voit pas toutes les personnes qui l’aiment pourtant. Clémentine qui a souvent pensé aux autres avant elle-même. Clémentine qui sort de son cocon et nous montre son vrai visage. Clémentine qui “dit bonjour” à tous ceux que ça emmerde. La petite enfant sage laisse enfin surgir le chaos et la beauté de la femme qu’elle est devenue.
Clemou, tu m’as appris un tas de trucs, un paquet de conneries, certes, mais surtout une chose que je m’efforcerais de ne jamais oublier. Il ne suffit pas d’être sœurs pour s’aimer. Il faut s’accepter comme on est, se découvrir tous les jours. C’est ça l’amour.
Clémentine, Clemou, Titoune, Ma frangipane, ma sœurette,
Je t’aime et tant pis si tu rougis et que t’es gênée. On le dit jamais assez.
Cette année pour Noël, comme je suis, une fois encore, assez loin de mes proches, j‘ai décidé d‘offrir quelque chose de personnel, qui ne nécessite ni argent pour les acheter, ni poste pour les envoyer. Mes mots d’amour, portraits, lettres et déclarations.
***
Chère Mamie,
Je crois que tu aimerais beaucoup l‘Australie. Il y a des oiseaux partout et de toutes sortes. Il y en a un qui s‘appelle le Kookaburra rieur. Drôle de nom pour un drôle d’oiseau! Le soir à la tombée de la nuit, ils se mettent à chanter. On dirait alors qu‘une colonie de singes est perchée dans les branches et se paye nos têtes.
Je travaille dans une ferme laitière et continue à rouler à moto dans la campagne environnante. Chaque jour j‘en apprends un peu plus sur le monde et la nature qui nous entoure. Chaque jour je pense à ma grand-mère qui, elle la première, m‘a appris à observer en silence les moineaux venus picorer les morceaux de pain laissés sur la table de la terrasse.
Tu n‘as pas toujours eu la vie que tu rêvais d‘avoir, alors quand je m‘acharne à aller au bout de mes envies, que je persiste à faire les 400 coups à deux roues, sans me soucier de ce que l‘on attend d‘une femme de 30 balais passés, t‘es un peu avec moi. D‘ailleurs, des fois je me demande si c‘est pas toi, là-haut sur cette branche, que j‘entends rigoler.
J‘aimerais être rentrée avant que tu partes. Je sais que tu attends ce moment avec impatience. Tu as donné et tu veux juste la paix. Si jamais, toi et moi on se rate de peu mamie, saches simplement que chaque jour, où que je sois, tu es avec moi. Et où que tu ailles, tu seras toujours à mes côtés.
Dans le rire moqueur des Kookaburra et le chant des moineaux, dans les jappements enthousiastes des chiens qui courent derrière les roues des voitures, dans les œufs de Pâques cachés au fond des jardins, dans le générique des feux de l’amour, les triominos gagnants que je ferais et dans tous les jus d’orange pressés que je boirais. Je te garderai auprès de moi à chaque fleur séchée glissée dans une lettre, dans la malice de mes mots.
Je me souviendrai de ma grand-mère comme de cette petite fille qui un jour a lancé des pommes de terre dans la cave de son école pendant un bombardement. Celle qui voulait rire plutôt que d’avoir peur.
Je t‘aime.
12.12.19 / Tallangatta South / Victoria, Australie
Première vraie journée de roadtrip où la journée officielle de la boulette.
J’enchaîne a peu près toutes les erreurs à éviter quand on roule à moto.
Boulette number one : Je pars super tard et à 21h je roule encore, pleins phares sur la route qui n’en est pas vraiment une (tiens ça c’est la deuxième boulette).
Boulette number two: Je me fous sur une route que Google veut me faire éviter à tout prix. Je me ramasse parce qu’il y a des tronçons un peu hardos, le casque claque contre une pierre, je m’essouffle à essayer de redresser le chameau. Je dois défaire tous les sacs – sacs qui se font carrément la male! Tout le chargement est de travers même quand la moto est droite, c’est la boulette numéro trois, j’y reviens -, je lance un rugissement hulkien. Il est tard, je suis au milieu de nulle part, bordel à cul qu’est-ce que je branle là encore. C’est la version censurée. Je suis en colère contre moi-même et mon manque de jugeote. Tant mieux, ça me donne l’énergie pour soulever enfin la machine, la pousser au delà des pierres et recharger tout le fourbis.
Boulette number trois donc: J’ai ficelé mes bagages un peu n’importe comment et TOUT fout le camp, sans parler du fait que j’ai pas réglé ce problème de carénage en plastique qui fond sur le pot d’échappement avec le poids du sac, encore une boulette aussi ça… J’ai perdu ma reserve d’eau en route et j’ai du faire une vingtaine de bornes pour la retrouver à moitié percée au bord du chemin. J’ai perdu du temps, du fuel et de la luminosité. Cependant je change pas de plans et ignore les trois campings que je passe… c’est la 4ème big boulette de la journée.
Je finis complètement épuisée à monter le campement dans le noir et sans savoir si je vais pas planter la tente sur un nid de fourmis, dans le domaine de possums boulimiques, ou dans un haras arachnéen. Bref, je passe une nuit magique faisant des rêves peuplés d’animaux exotiques sous un orage bien réel. Au réveil l’animal le plus féroce que je découvre est un perroquet dodu qui vient me siffler quelques bout de galettes de maïs perdus. Il me remonte le moral, tandis que je constate que j’ai déjà déglingué le clignotant droit, que le plastique est à moitié fondu sur le pot et que j’ai arraché une lanière d’une des sacoches prise dans la roue…
Lake Eildon, Victoria, Australie – 26 novembre 2019 – 900 Km
Après trois semaines passées à Melbourne, d’abord en Backpack puis hébergée par Dave et Morgan en Couchsurfing, j’ai pris la route. Mais revenons un peu en arrière.
Je suis arrivée le 31 octobre à l’auberge de jeunesse Ritz for Backpackers dans le quartier animé de St Kilda, où j’ai retrouvé Louise et Marion, rencontrées à Wellington en juin dernier. Quand on voyage sur le long terme, on s’habitue évidemment aux changements et on apprend à rapidement s’adapter aux nouvelles situations. Mais savoir que ces deux-là m’attendaient dans cette immense ville dans ce gigantesque pays, ça me rassurait un petit peu disons. Après une semaine cernées par des allemands à peine sortis de la puberté et des français tous aussi allumés les uns que les autres (amour), j’ai frôlé le nervous breakdown du voyageur sans sommeil. Halloween avait pas quitté mon visage depuis mon arrivée. Je suis allée voir la réceptionniste pour qu’elle me change de dortoir, cette dernière m’a demandée si j’étais venue en Australie pour prendre ma retraite *rires* En vrai, je suis généralement l’une des pvtistes (voyageurs détenant le Permis Vacances Travail) les plus âgées mais j’ai également 60 ans dans ma tête. Je me fous royalement d’aller boire des verres et d’aller en boîte, de m’acheter des fringues et de me maquiller. En quittant la Nouvelle-Zélande je me suis promise de ne pas rester en ville et de ne pas travailler comme serveuse. Une moto et du balais (voyez? Je parle comme une personne de 60 ans…).
En faisant appel à un groupe Facebook de motards en Australie – Australian Adventure riding – j’ai rencontré Rikki, une motarde complètement délurée, toujours la banane et grace à elle j’ai trouvé Momo le chameau, ma nouvelle moto. Une Suzuki DR650 de 2009 avec 44000 bornes au compteur. Plus très fraîche mais dans mon budget, elle fera l’affaire ! Je rencontre également Dave et sa copine Morgan, qui m’accueillent chez eux une dizaine de jours le temps d’obtenir le contrôle technique et l’immatriculation de Momo. Ils sont vraiment « chill » comme on dit ici (détendus). Pour les remercier je veux leur faire un plat typique français mais je m’emmêle un chouïa dans les traductions et ça finit par une blanquette d’agneau, un plat unique !
Comme d’habitude, j’ai pas beaucoup de patience et ces trois semaines me semblent une éternité. Je ne voyage pas, ni ne travaille… alors qu’est-ce que je glande ?! Ca me démange de pouvoir être mobile et indépendante, petit relent de la convalescence peut-être ?
Message envoyé à la famille: „J’ai le moral dans les chaussettes. Temps de merde alors que ça devrait être bientôt l’été. La moto a pas passé le contrôle technique et je dois encore attendre une semaine en ville pour pouvoir rouler. J’ai le goût de rien. Vous me manquez. Ici ils sortent déjà les décos de Noël et j’ai mis du temps à comprendre pourquoi. Ben oui, c’est bientôt Noël. Vivement une tranche de foie gras en vous prenant dans les bras.“
En attendant je profite de la ville, je passe du temps avec Rikki, mais aussi avec Maude, une motarde québécoise rencontrée dans un café à cote de Queenstown ! Je pars en vadrouille avec Thomas, jeune français qui bosse dans l’aquaculture, avec Marie-Laure, masseuse professionnelle qui claque finalement tous ses projets sur Melbourne pour aller faire du volontariat dans un refuge pour animaux. Je me marre avec Marion, Mathilde, Läetitia et puis les autres.
Une fois la belle plaque rutilante vissée aux fesses de Momo, yallah c’est parti ! … à seulement quelques kilometres de là ! Je passe voir Louise qui travaille dans un centre équestre à la campagne. 3 jours de transition à découvrir la moto sur les routes de forêt du coin avant de rouler pour de bon.
„The ants are so big, they gonna eat ya!“ / „Les fourmis sont si grandes qu’elles vont te bouffer!“ Larry de Westport en NZ, peu avant mon départ pour l’Australie.
Crocodiles, requins, araignées, serpents, fourmis géantes, kangourous et autres animaux sauvages sur les routes la nuit, – et puis tout ce qu’on n‘a pas encore osé m’annoncer – je vais pas vous cacher que je suis pas complètement sereine à l’idée de faire du camping ici. Alors quand on me demande quel est mon projet à moto en Australie, je réponds très franchement et sans ironie: rester en vie ! J’avais déjà un certain potentiel péripéties et conneries, va falloir repenser la logistique et l’organisation que j’avais jusque là. Ce qui marchait chez les kiwis, pourrait éventuellement me coûter la vie en Aussie.
Avant le départ j’ai pris contact avec quelques motards français qui ont déjà pas mal bourlingué dans le pays. L’un d’eux, Alexandre, lillois de 31 ans a parcouru toute l’Australie sur une BMW GS. On s’appelle quelques heures pour que je puisse lui poser des questions. Ma plus grande crainte, le camping. En Nouvelle-Zélande, la bête la plus féroce sera à la limite le possum qui tentera de subtiliser tes barres muesli pendant ton sommeil (et déjà là, je suis pétrifiée de terreur !). Il y a bien le Weka ou le Kea, oiseaux gloutons trop habitués aux touristes généreux et ignorants.
NB: Nourrir un animal sauvage c’est le condamner sur le long terme à ne plus savoir trouver sa propre nourriture et mourir lorsqu’il n’y aura pas de Backpackers en Camper Van pour filer un trognon de pain contre une photo sympa.
Bref. La faune sauvage en Nouvelle-Zélande c’est le monde des Teletubbies en comparaison avec la faune locale.
Première règle à observer d’après Alexandre:
Ne pas rouler de nuit ! Les kangourous sont attirés par la lumière des phares et sautent devant les voitures, d’où le grand nombre de kangourous morts sur le bord des routes. A moto, se prendre un kangourou adulte dans le marron, c’est un aller pour l’hôpital le plus proche – c’est à dire probablement à quelques 500 km… avec un peu de bol
Vérifier le matin qu’un serpent a pas décidé de pieuter au chaud dans le fond de tes bottes pendant la nuit – et non, il n’est pas envisageable de rentrer les bottes dans la tente…
Faire attention à ne pas planter sa tente près ou sur un nid de fourmis – SIMPLE
Bon les araignées … y a pas grand chose à faire, la plupart sont pas „dangereuses“ paraîtrait – delà dit, si l’araignée fait la taille de ma main (ou même la moitié) il y a de fortes chances pour que je succombe d’une attaque, venimeuse ou pas, elle aura eu raison de moi !
Ne pas se baigner là où il y a des crocodiles – comme dirait Orelsan, BASIQUE ! Mais apparemment il y en a que ça impressionne pas mais souvent ils sont plus là pour dire si l’eau était bonne
Se baigner sur les plages où il y a des filets anti requins – moi on m‘a déjà perdu au mot filet. Sérieusement ? Un filet ? Bon aucun risque de ce côté, je bougerai pas de la plage
Bon et enfin, l’Australie étant IMMENSE, il faut prévoir un minium ses itinéraires et savoir où s’arrêter pour la nuit, s’assurer d’avoir assez d’essence et d’eau jusqu’à la prochaine station, si tu veux pas finir comme le vieux citron que t’as oublié dans la porte du frigo depuis des lustres
Ah et oui, ça peut être bien de savoir changer une roue et fixer une crevaison, comme des fois y a personne qui passe sur la route pendant une journée ou plus …
Voilà voilà.
Ça va le faire comme sur des roulettes, n’est-ce pas ?!
31 octobre 2019. Aéroport de Christchurch. La boucle est bouclée et j’attends d’embarquer dans l’avion qui m’emmènera à Melbourne en Australie.
Il y a exactement un an j’étais assise sur un même fauteuil dans un même aéroport de l’autre coté du globe. J’allais quitter le vieux continent en direction de la Nouvelle-Zélande et me lancer dans une putain d’aventure. Ouais, désolée, je sais pas faire sans un « putain » quand je suis un poil émue et surexcitée. J’avais quitté le boulot, l’appart et les copains à Berlin. J’avais pédalé 3 mois sur mon biclou pour voir la famille en France une dernière fois, découvrir mon pays avant de partir à plus de 18000 km de là. La tente, le réchaud, le sac de couchage tout un tas de gri-gris et d’amulettes magiques coincé entre les chaussettes et les slips. Allez hop, ma vie dans le sac à dos, un aller simple dans la poche arrière du jean et la banane jusqu’aux oreilles. 38h de transition. Tu passes d’un fuseau horaire à l’autre bourré de caféine et de club sandwichs, entrecoupé d’appels WhatsApp avec la mère qui gère comme elle peut l’idée de sa progéniture propulsé dans l’autre hémisphère. T’arrives dans une ville inconnue, tu n’as plus idée ni du jour, ni de l’heure qu’il est, le ventre ballonné et les narines séchés par l’air conditionné, des valises sous les yeux mais toujours la banane sur le visage. Tu ressorts l’anglais égaré quelque part entre la 3ème et la terminale. Sors les rames, t’as pas fini de galérer. C’est un peu la honte quand même. Et puis t’entends les brésiliens dans la cuisine de l’auberge et ça va un peu mieux. Ouverture de compte, carte bancaire, carte sim, numéro, immatriculation, registration, traduction. T’as de quoi t’occuper le temps de t’acclimater. Et puis ensuite, c’est parti. La suite, vous la connaissez.
Il y a un je faisais ce que des milliers de français de mon âge font chaque année. Je partais en PVT. Work and Travel. Oui ben voilà, le truc c’est que j’ai jamais trop aimé faire ce que tout le monde fait. Alors plutôt que de voyager à bord d’un van tout équipé sur les routes pavées, j’ai écouté le conseil d’un voyageur avisé, je suis sortie des sentiers battus. J’ai pris une moto avec quelques cylindrés et j’ai roulé ma bosse sur les graviers. Work, Travel and Ride.
12 mois, 25000 kilomètres, 2 îles, 6 vis, une plaque en métal, 4 entorses, mille milliers de moutons, des milliards de sandflies, quelques larmes de crocodiles et des cris de joie, des paysages et des visages, des coups de pouces et des fous rires.
L’avion décolle. Les yeux sur les maisons qui rapetissent et sur l’horizon qui s’ouvre, je laisse venir tous les prénoms de ceux dont j’ai croisé la route:
Susie, Gary, Petra, Erwin, John, Bélinda, Prue, Rob, Colin, Nitin, Emilie, Hamish, Juliet, Craig, Marin, Guilhem, Léa, Katharina, Max, Slobodan, Martin, Dusko, Branko, Willy, Keddar, Cauan, Karl, Jane, Rudi, Guillaume, Romain, Chris, JP, Alex, Rave, Axel, Allan, Elton, Graham, Jamie, Tim, Pierre, Jeremy, John, Leanne, Dave, Larry, Stephan, Tyrone, Elsa, Pat & Pete, Renate, Jim, Graham, Bruce, Robin, Daniel, Alyssa, Georgina, Trish, Robb, Raphaël, Noah, Matt, David, Bastien, Taki, Marion, Louise, Adèle et tous les paumés du Lost in the city, la team de la Black Dog Brewery et celle de Mama Brown aussi, ceux dont j’ai déjà oublié les noms mais pas les gestes, qui m’ont invité à les rejoindre pendant leurs barbeuc sur les campings, qui m’ont offert des canettes de bières sur des parkings, qui ont partagé un bout de jardin pour ma tente ou un bout de couette, rempli mon sac d’oranges et de citrons, à tous ceux-là avec qui j’ai discuté, rigolé, picolé, réparé les clignos et les bout d’os…
Vous faites partie de ce voyage. Personnages qui ont peuplé tous mes périples, mes paysages perdraient en couleurs sans vous pour les habiter. Dans 10 ou 20 ans je ne me souviendrais peut-être plus de la cascade que j’ai vu ou pas vu, si je me suis promenée dans tel ou tel coin, par contre une chose est sûre, je n’oublierais pas toutes les mains tendues, vos sourires et nos rires. Merci.
L’avion prend de l’altitude. Christchurch s’étale sous nous. New Brighton, Akaroa et Lyttleton. Mes premières randonnées, mes premières sorties avec BumbleBee. Le Lac Ellesmere là-bas et ma première taule dans les marais.
On vole maintenant au dessus des nuages. Je peux voir l’océan depuis le hublot.
Tu prends l’avion et t’as bien conscience du bol que t’as d’être là à crapahuter entre les continents, à contribuer au réchauffement. Tu veux voir le monde avant qu’il fonde. Tu vas bientôt atterrir dans un autre aéroport, une autre ville inconnue. Ton anglais est un peu moins mal foutu et t’as des amies qui t’attendent déjà à l’auberge. Aucun plans et plein d’idées, t’as les bras chargés, le pied gauche gonflé et le cœur léger. Et puis t’as un truc là sur le visage… la banane !
Allez hop c’est reparti. Et la suite, c’est génial, parce que ni vous, ni moi, absolument personne ne la connaît.
31.10.19 / entre Christchurch et Melbourne / Le monde