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DÉCLARATIONS #4

J’ai cette maman qui n’en a plus depuis très longtemps. 

A 7 ans, ma maman a perdu la sienne. Un frère et une sœur déjà partis de la maison, un papa qui n’arrivait plus à s’occuper d’elle. Elle, la petite Véronique, est partie vivre chez sa tante, puis chez l’autre, et puis en pensionnat. J’ai cette maman qui pour son premier jour d’école, n’ayant personne pour l’accompagner jusqu’à sa classe, ne savait pas où aller. Et timidement, de peur de se faire remarquer, elle s’était faufilée dans la première rangée trouvée. A peine la première minute commencée que tous les yeux étaient rivés sur elle. Cette petite fille égarée dans la mauvaise classe. 

J’ai cette maman qui a perdu sa grande sœur alors qu’elle n’avait que 12 ans et que Cloclo faisait danser la France. Et il a fallu ravaler les sanglots, car plus jeunes encore, à présent orphelines de leur mère, étaient ses deux petites nièces. Mes cousines, Virginie et Pascaline. 

J’ai cette maman qui n’aime pas les drames, les conflits, les disputes. Pour nous faire taire sans broncher, elle n’avait qu’à faire ses grands yeux ronds, le menton légèrement relevé. Elle n’aime pas la violence non plus. Et s’il lui est arrivé de perdre patience et que des claques s’égarent sur nos joues à force de cris et de chamailleries, ses joues à elles étaient bien plus rouges encore que les nôtres tant elle s’en voulait. J’ai cette maman qui ne diminue pas les gens, petits ou grands. J’ai cette maman qui traite tout le monde dignement.

J’ai cette maman qui depuis ses 20 ans, s’occupe de vieilles personnes. Une rose pour la Saint Valentin, un brin de muguet pour le 1er mai, ces petits détails qui apportent plus que des services à domicile. De l’humanité. Ma maman elle parle toujours très fort, un peu par habitude, à force de parler aux personnes âgées. Et puis surtout elle les écoute. Moi, petite, j’étais un tantinet effrayée de ces gens à la peau toute fripée, des sonotones couleur chaire dans les oreilles, qui font des bisous ventouses par rafale et nous donnent des biscuits au goût d’humidité. Mais pas ma maman. Elle sait comment tenir leurs mains fermement et doucement entre les siennes pour transmettre de sa chaleur et les rassurer. 

J’ai cette maman qui peu avant ses 50 ans a du se battre contre le même cancer qui lui avait pris sa mère. Cette maman qui tient tellement à protéger ses enfants, qu’elle attendit les fêtes de noël et nos examens passés pour nous l’annoncer. Ma maman, elle ne se plaint jamais. Elle ne parle pas beaucoup non plus, elle écoute. 

J’ai cette maman qui fait de la magie avec ses mains. Que ce soit en nous régalant d’endives au jambon à la béchamel, en nous grattant le dos avec ses ongles longs pendant qu’on regardait la télé, en nous massant le bidon constipé le soir avant d’aller nous coucher ou tout simplement en nous prenant dans ses bras, contre sa poitrine pour nous inonder d’amour parfumé. 

Ma maman est la paix incarnée. Certains pensent qu’on peut lui marcher sur les pieds, jusqu’au moment où ils commettent l’erreur de lui parler de ses enfants. La lionne est lâchée. 

J’ai cette maman qui a traversé, en guerrière silencieuse et majestueuse, des batailles de vie, desquelles je n’aurais jamais réchapée. 

Alors maman, quand tu te demandes d’où me viennent ma force et mon courage, je souris. Je souris de voir que tu es si modeste, que tu ne vois même pas tout ce que tu nous a transmis. 

Aujourd’hui maman, je crois que je n’ai plus peur de te perdre un jour. Car quand je te regarde, je vois cette mère que tu n’as plus depuis longtemps, cette grand-mère que je n’ai jamais connue et dont je porte le prénom, Odette. 

Quand je te regarde, je comprends que le lien qui existe entre une mère et ses enfants est plus fort et infini encore que la mort elle-même. 

Aujourd’hui, tu n’es pas en train de lire ce texte sur ton ordinateur, un café à la main, en peignoir dans la cuisine de ta maison à Menetou-Salon. 

Non. Car tu es avec moi, ici, à l’autre bout du monde et partout où j’ai été avant et partout où je serai après ça. 

Tu es dans ma rage de vivre, même quand je suis tentée de baisser les bras. Tu es dans l’amour que j’essaye de donner autour de moi, même quand je lutte à m’aimer. Tu es dans mes mains quand j’essaye de soulager une peine et de faire du bien. Tu es dans mes mots, quand je te parle, seule sur ma moto. Tu es dans le silence de la nature qui m’apaise. Tu es dans la nourriture qui me réconforte. 

Tu es force de vie. Amour inconditionnel. Lien invisible et immortel. 

Maman, je t’aime.

Sydney / 30.12.19

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