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INSOMNIE #1

A ras-bord

On vous a déjà dit qu’il faut plutôt voir le verre à moitié plein que le verre à moitié vide? Une histoire de points de vue et tout ça. J’ai jamais bien compris cette expression. Le verre, moi, je le veux ni à moitié vide ni à moitié plein, je le veux rempli à ras bord. Ras la gueule. Quand c’est tellement plein que tu peines à le tenir entre tes doigts et que tu dois tendre les lèvres pour embrasser ridiculement le rebord et siroter comme un enfant ou un petit vieux le liquide précieux. Car eux ils ont tout compris à la vie. Les enfants et les vieux. 

Il y a que les adultes pour se faire chier avec des bonnes manières, de l’équilibre et des raisonnements. Il y a qu’eux pour rendre tout aussi ennuyeux. Le petit geste de la main, « hop, ca suffit, merci ». On va pas être trop gourmand. Oh bah non, pourquoi vivre pleinement? Pourquoi embrasser la vie en s’en mettant plein les doigts et en ayant l’air ridicule ? 

J’ai jamais compris cette expression. J’ai jamais compris qu’on parte du principe qu’il n’y ait qu’une réalité possible, une balance, un milieu, une norme et que tout est question de points de vue vis a vis de cette réalité. Il faut voir le bon côté des choses, qu’on dit. Putain elle est chiante aussi cette expression. C’est chiant le bon côté des choses. Ce qui est bon c’est les bonnes choses, pas leurs côtés. Quand on me dit de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, je réponds que je veux pas d’une moitié de verre. J’en veux un dixième, un litre dans 12 centilitres et plus et peut-être moins encore. Je veux milles niveaux possibles dans le verre, selon que j’ai soif. Je veux milles réalités possibles et impossibles, milles vies. Et je veux pas voir, bordel. Je veux juste boire. J’en veux pas de leur concept de fatalité acceptée avec deux options aux choix: ou tu chiales et tu subis ou tu te passes de la pommade à coup de positivité et tu subis. 

« Fanette, arrête de faire l’enfant voyons, tu vas pas nous pomper l’air avec ton verre, là. » Ben non j’arrêterais pas, tiens. Tu veux que je viennes mourir d’ennui avec toi? Ah ah c’est niqué, je me ferais pas avoir deux fois! Je suis enfant et vieille, gamine et sénile, je suis animal et fou, je mange et m’en mets partout, je ris et je pleure en même temps, je roule dans les flaques et tombe dans la boue, j’ai du sable dans les cheveux, du metal dans les os et de la graisse sous les ongles. Je bois la vie jusqu’à plus soif. Le verre, vous pouvez le garder. Je m’en fous. 

Du raisonnable, du raisonné, 
Qui sent le rancie et le frustré
Mais qu’on t’emballe dans du plastique pour garder frais.
De l’amour réchauffé, des sentiments tièdes,
Avec un filtre Juno ou Valencia pour faire plus vrai.

Hash- ta-gueule 
De la joie fake, du bonheur posé,
Mais quand est-ce qu’on a oublié comment vivre, sans déconner ?
Des cœurs mous qui savent plus comment vibrer.
Attendez, je vais demander à Siri comment on fait.

On s’endort dans les substituts de bonheur,
On fermente dans nos addictions parce qu’il y a que comme ça qu’on se fait moins chier. 
On panique, on crise d’angoisse, on trouble alimentaire,
On Xanax ou on Lexomil,
On tente de contrôler pour se rassurer, on a peur du chaos, 
On a oublié qui on est. Matière et pensée. 
On médite et on en appel au Buddha intérieur qui s’est planqué sous les couches de pepitos et de Macdo. 

On c’est moi. C’était. Mais ça le sera toujours encore un peu.
On c’est peut-être toi. Mais enfin, ça, tu me diras.

Alors tu vois, un jour, à force de regarder le bon côté des choses et de rien voir de bien folichon. A force de congés payés de temps en temps dans l’année quand les vacances scolaires sont passées. A force de rencards tinder décevants et d’orgasmes simulés. A force d’insomnie à rêver qui je veux être en scrolant sur l’écran. A force de forcer. A force d’essayer de vivre dans un cadre qui fait que de se casser la gueule du mur. A force de voir le verre à moitié à vide puis à moitié plein et ainsi de suite. Ben j’ai décidé de mettre le verre dans un carton, de ranger les photos du passé, de sortir de mon cadre et de pousser les murs. J’ai décidé de ne plus lire les citations spirituelles et motivantes d’un éphéméride reçu à Noël 2008 mais de les mettre en action au présent. J’ai décidé de voyager à temps plein, du travail occasionnel, de quoi avancer et manger, on est pas en cdi mais on est pas mal. J’ai décidé de jouir de tout et beaucoup. J’ai décidé de ne plus contrôler, d’embrasser l’imprévu, le chaos, cette bouche et puis celle-là aussi. J’ai décidé de passer mon insomnie à te raconter tout ça. 

Aimer, sentir, ressentir, penser et puis écrire. Partager. Qui sait? 

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Un avis sur « INSOMNIE #1 »

  1. Bonjour Fanette, Quel plaisir de te lire, de te suivre dans ce cheminement aussi géographique qu’humain. J’aime ce dépaysement, cette aventure qui réveille des souvenirs et des envies. C’est le contenant qui prime sur le contenu, de quel verre on est fait, ce qui nous a formé, insufflé une âme, comment on a durci, refroidi, été rayé, ébréché, recollé… Il y a des verres transparents et qui laissent entrer la lumière, d’autres moins. Qui acceptent diversement les contenus plis ou moins doux et amers en vibrant. Et toujours le plaisir de se poser sur des lèvres. Bon voyage

    Colas Davaud Finowstraße 28 12045 Berlin

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