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DÉCLARATIONS #3

Hé frangine, 

Je cale à mort sur ta déclaration là. Je te ferai un Haïku. C’est bien ça les Haïkus, nan ? C’est court et léger. Tout ce que je sais pas quoi. Nan plus sérieusement, j’ai un coup de pression, trop de choses à dire je sais pas par où commencer.

Je pourrais raconter comment petites tu nous faisais à manger, qu’une fois même, tu m’as aidé parce que j’avais fait pipi au lit et que papa voulait pas se lever. Je pourrais raconter cette fois, quand je t’ai demandé ce que la petite voisine de Gousseauville voulait dire en nous montrant son majeur et que tu m’as raconté que c’est une façon de “dire bonjour”. La grande sœur qui t’explique la vie et qui prend soin de toi. Celle qui me donnait la becquée, une touffe d’herbe entre les dents, lorsqu’on jouait à être des oiseaux dans les nids que l’on construisait au bord des champs de paille, quand on allait voir mamie.

Et puis la grande sœur qui charrie sans pitié parfois. Comme quand tu es venue avec ta copine à la récrée, te moquer de ma chemise en jean XXL, que j’avais cru intelligent de porter en robe en attendant qu’elle m’aille. Comme quand tu as vendu en loucedé mes barbies à la braderie alors que j’avais le dos tourné. Ah ça non, j’ai pas oublié! 

Mais t’en fais pas, j’ai pas oublié non plus, comment tu as ravalé tes larmes de petite fille, quand à 7 ans t’as retroussé tes manches pour faire tourner le quotidien une fois que maman avait quitté papa. Tandis que moi, je faisais rien. Rien que sangloter. Et je savais même plus pourquoi on pleurait lui et moi. Et puis petit à petit on s’est tous remis à se marrer. Entre deux bouts de poireaux crachés discrètement dans la serviette de table et secoués machiavéliquement dans la cuvette des toilettes. Entre les toiles de la tente qu’un renard était venu gratter dans les Pyrénées. On s’est marré quand t’es allée en pantoufles à l’école, quand papa est passé à travers le plancher en dansant sur un CD de Lorie. On s’est marré tous les trois en Écosse quand il fallait éponger la pluie qui transperçait la capote pas très waterproof de Rosalie, quand cette même deuch s’est mise à partir à reculons en montant un col en Italie. Quand on se perdait à chaque rond point au Portugal. On s’est marré à deux en Russie, même si j’ai vomi toute la vodka dans le lit en pleine nuit et puis en Allemagne aussi. Au Mexique quand Cumbia et Mezcal était de la soirée. Et puis on a bien chialé aussi. Ça on sait faire chez les Bossuyt. De vrais experts! 

On s’est disputé un paquet de fois, crêpé le chignon à en devenir chauve. Je crois même que une fois ou deux, je t’ai détestée. Je me suis souvent sentie rejetée et je t’ai rejetée à mon tour, il y a pas si longtemps encore. Je t’aimais tellement et j’en voulais autant en retour. Et puis j’ai pris mon chemin, de loin on voit beaucoup mieux les détails. Je t’ai (re)découverte. 

Clémentine, boule à facettes qui reflète toutes les émotions de la vie dans un air de fête. Tiens, voilà, je l’ai mon Haïku. 

Clémentine qui danse et scande des airs de rap avec les fesses en arrière, le buste en avant et les bras qui moulinent. Clémentine qui aime sourire mais dès qu’il y a un objectif, elle fait des sourires inversés. On dirait qu’elle a croqué dans un citron hallucinogène. Clémentine avec son immense cicatrice de guerrière, grande gagnante du combat des genoux pourris. Clémentine travailleuse consciencieuse qui se fourre des stylos bic dans le nez. Hyper sérieuse et complètement déconnante à la fois, franchement je vois pas comment raconter ça moi! Clémentine qui a peur qu’on l’abandonne et qui ne voit pas toutes les personnes qui l’aiment pourtant. Clémentine qui a souvent pensé aux autres avant elle-même. Clémentine qui sort de son cocon et nous montre son vrai visage. Clémentine qui “dit bonjour” à tous ceux que ça emmerde. La petite enfant sage laisse enfin surgir le chaos et la beauté de la femme qu’elle est devenue.

Clemou, tu m’as appris un tas de trucs, un paquet de conneries, certes, mais surtout une chose que je m’efforcerais de ne jamais oublier. Il ne suffit pas d’être sœurs pour s’aimer. Il faut s’accepter comme on est, se découvrir tous les jours. C’est ça l’amour. 

Clémentine, Clemou, Titoune,
Ma frangipane, ma sœurette,

Je t’aime et tant pis si tu rougis et que t’es gênée. On le dit jamais assez.   

Tallangata, Australie / 27.12.19

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