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SWEET AS

31 octobre 2019. Aéroport de Christchurch.
La boucle est bouclée et j’attends d’embarquer dans l’avion qui m’emmènera à Melbourne en Australie. 

Il y a exactement un an j’étais assise sur un même fauteuil dans un même aéroport de l’autre coté du globe. J’allais quitter le vieux continent en direction de la Nouvelle-Zélande et me lancer dans une putain d’aventure. Ouais, désolée, je sais pas faire sans un « putain » quand je suis un poil émue et surexcitée. J’avais quitté le boulot, l’appart et les copains à Berlin. J’avais pédalé 3 mois sur mon biclou pour voir la famille en France une dernière fois, découvrir mon pays avant de partir à plus de 18000 km de là. La tente, le réchaud, le sac de couchage tout un tas de gri-gris et d’amulettes magiques coincé entre les chaussettes et les slips. Allez hop, ma vie dans le sac à dos, un aller simple dans la poche arrière du jean et la banane jusqu’aux oreilles. 38h de transition. Tu passes d’un fuseau horaire à l’autre bourré de caféine et de club sandwichs, entrecoupé d’appels WhatsApp avec la mère qui gère comme elle peut l’idée de sa progéniture propulsé dans l’autre hémisphère. T’arrives dans une ville inconnue, tu n’as plus idée ni du jour, ni de l’heure qu’il est, le ventre ballonné et les narines séchés par l’air conditionné, des valises sous les yeux mais toujours la banane sur le visage. Tu ressorts l’anglais égaré quelque part entre la 3ème et la terminale. Sors les rames, t’as pas fini de galérer. C’est un peu la honte quand même. Et puis t’entends les brésiliens dans la cuisine de l’auberge et ça va un peu mieux. Ouverture de compte, carte bancaire, carte sim, numéro, immatriculation, registration, traduction. T’as de quoi t’occuper le temps de t’acclimater. Et puis ensuite, c’est parti. La suite, vous la connaissez. 

Il y a un je faisais ce que des milliers de français de mon âge font chaque année. Je partais en PVT. Work and Travel. Oui ben voilà, le truc c’est que j’ai jamais trop aimé faire ce que tout le monde fait. Alors plutôt que de voyager à bord d’un van tout équipé sur les routes pavées, j’ai écouté le conseil d’un voyageur avisé, je suis sortie des sentiers battus. J’ai pris une moto avec quelques cylindrés et j’ai roulé ma bosse sur les graviers. Work, Travel and Ride.

12 mois, 25000 kilomètres, 2 îles, 6 vis, une plaque en métal, 4 entorses, mille milliers de moutons, des milliards de sandflies, quelques larmes de crocodiles et des cris de joie, des paysages et des visages, des coups de pouces et des fous rires. 

L’avion décolle. Les yeux sur les maisons qui rapetissent et sur l’horizon qui s’ouvre, je laisse venir tous les prénoms de ceux dont j’ai croisé la route:

Susie, Gary, Petra, Erwin, John, Bélinda, Prue, Rob, Colin, Nitin, Emilie, Hamish, Juliet, Craig, Marin, Guilhem, Léa, Katharina, Max, Slobodan, Martin, Dusko, Branko, Willy, Keddar, Cauan, Karl, Jane, Rudi, Guillaume, Romain, Chris, JP, Alex, Rave, Axel, Allan, Elton, Graham, Jamie, Tim, Pierre, Jeremy, John, Leanne, Dave, Larry, Stephan, Tyrone, Elsa, Pat & Pete, Renate, Jim, Graham, Bruce, Robin, Daniel, Alyssa, Georgina, Trish, Robb, Raphaël, Noah, Matt, David, Bastien, Taki, Marion, Louise, Adèle et tous les paumés du Lost in the city, la team de la Black Dog Brewery et celle de Mama Brown aussi, ceux dont j’ai déjà oublié les noms mais pas les gestes, qui m’ont invité à les rejoindre pendant leurs barbeuc sur les campings, qui m’ont offert des canettes de bières sur des parkings, qui ont partagé un bout de jardin pour ma tente ou un bout de couette, rempli mon sac d’oranges et de citrons, à tous ceux-là avec qui j’ai discuté, rigolé, picolé, réparé les clignos et les bout d’os…

Vous faites partie de ce voyage. Personnages qui ont peuplé tous mes périples, mes paysages perdraient en couleurs sans vous pour les habiter. Dans 10 ou 20 ans je ne me souviendrais peut-être plus de la cascade que j’ai vu ou pas vu, si je me suis promenée dans tel ou tel coin, par contre une chose est sûre, je n’oublierais pas toutes les mains tendues, vos sourires et nos rires. Merci.

L’avion prend de l’altitude. Christchurch s’étale sous nous. New Brighton, Akaroa et Lyttleton. Mes premières randonnées, mes premières sorties avec BumbleBee. Le Lac Ellesmere là-bas et ma première taule dans les marais. 

On vole maintenant au dessus des nuages. Je peux voir l’océan depuis le hublot. 

Tu prends l’avion et t’as bien conscience du bol que t’as d’être là à crapahuter entre les continents, à contribuer au réchauffement. Tu veux voir le monde avant qu’il fonde. Tu vas bientôt atterrir dans un autre aéroport, une autre ville inconnue. Ton anglais est un peu moins mal foutu et t’as des amies qui t’attendent déjà à l’auberge. Aucun plans et plein d’idées, t’as les bras chargés, le pied gauche gonflé et le cœur léger. Et puis t’as un truc là sur le visage… la banane ! 

Allez hop c’est reparti. Et la suite, c’est génial, parce que ni vous, ni moi, absolument personne ne la connaît. 

31.10.19 / entre Christchurch et Melbourne / Le monde

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3 commentaires sur « SWEET AS »

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