CHÈRE MAMIE #8

UNE VIE DE VACHE

Chère mamie, 

L’hiver est bien là. Hier, après la traite, j’ai pu voir la neige sur les montagnes au loin. Parfois, il gèle si fort la nuit, qu’il nous faut jeter des sots d’eau bouillante sur le matériel avant de pouvoir commencer à traire les vaches. Quand je sors de la salle, une mince pellicule de givre recouvre les près tout autour, on se pèle mais c’est magnifique !

Nous avons maintenant presque fini de tarir les vaches, elles mettront bas pour la plupart d’entre elles à partir de fin juillet. Pour les autres… 

La vie à la ferme n’est pas qu’une carte postale champêtre où les animaux gambadent parmi les herbes hautes. La pluie rend les chemin de terre si boueux que les vaches glissent et se mettent à boiter. Elles ne veulent plus avancer, d’autant qu’elles s’alourdissent, et ça se comprend. Les plus faibles et âgées tombent malades, on les sépare pour leur éviter de faire un trop long chemin jusqu’aux près qui commencent eux à manquer d’herbe. On les nourris à présent avec du sillage, du foin fermenté, c’est très riche. 

J’ai vu deux vaches mourir ce mois-ci. Et ça m’a bouleversé. Elles n’arrivaient plus à se mettre debout, et malgré les efforts de mes collègues qui les ont soulevé avec le tracteur, malgré les visites du vétérinaire, malgré mes caresses, l’eau et le foin que je leur apportais, elles sont mortes devant moi. L’une a agonisé face à moi alors que j’allais chercher les boiteuses, il était trop tard. L’autre, je suis allée la voir avec du grain après une traite et j’ai vu que son état s’était empiré. Elle souffrait. C’était affreux à voir, je pleurais comme une enfant et rien qu’en l’écrivant, les larmes me reviennent. J’ai appelé mon patron et je lui ai demandé d’abréger ses souffrances. Un petit coup de carabine placé entre les yeux plus tard, elle était enfin en paix. Après une vie à brouter de l’herbe, aller à la salle de traite, mettre au monde des veaux aussitôt retirés, et ainsi de suite jusqu’à épuisement total. Elle était enfin en paix et moi je faisais pas la maline. Je me suis demandée si ma consommation de produits laitiers valait le labeur quotidien de toutes ces vaches. Je n’ai pas trouvé de réponse absolue. Mais je crois que réduire la quantité et privilégier la qualité est un bon départ. 

Pourtant je suis dans une ferme où le respect et le bien-être des animaux passent avant toute chose. Mon patron est irréprochable, il aime ses bêtes et son métier. C’est rassurant à voir. Il me dit que partout où il y a du bétail vivant, il y a du bétail mort. C’est la vie à la ferme. 

Voilà, c’est ce que j’ai appris ces derniers jours. Une belle leçon de vie, quand on y intègre la mort comme une partie du tout. 

D’ici une semaine, il n’y aura plus de traite et en attendant le vêlage fin juillet, je partirai me promener sur les routes de l’île, rencontrer les quelques personnes que je connais, celles que je ne connais pas encore et me souvenir de ce que c’est de voyager. 

Prends bien soin de toi ma petite mamie.

Ta biquette 

CHÈRE MAMIE #7

HIBERNATION

Chère mamie,

Je ne t‘ai pas écris depuis deux semaines. J‘enchaine les heures de travail et les cafés, pour tenir. Dès que je rentre d‘une traite, je veux faire mille choses, rien que d‘y penser ça m‘épuise! Alors je dors. 

Je calque le rythme de vie de Bruce, manger et dormir, sauf que lui, il travaille pas, il attend dans un petit carré de terrain que je revienne de la traite pour le libérer de son enclos. C‘est pas une vie de chien de rester enfermé toute la journée. Il trépigne d‘impatience et se prépare à chacun de mes mouvements à partir à l‘aventure dans la forêt et courir derrière mon vélo. Il me suit à la trace pendant que je prépare mon petit-déjeuner et puis voyant que je m‘allonge dans mon lit, capitule tout à fait en allant ronfler sur le canapé d‘à côté. Mais tous les jours, il bondit, cette fois c‘est la bonne! Et tous les jours, je dors après mon café. A croire que j‘ai remplacé le sucre par du somnifère. 

L‘automne se termine, quelques dernières feuilles font de la résistance sur les branches. Le froid commence à envahir l‘air tôt le matin, pendant la traite vers 5h, on sent le gèle déposer sa fine pellicule sur la nature autour. Les capsules de traite – j’ai appris récemment qu’on appelle cela des griffes – deviennent difficiles à toucher, si bien qu‘il nous faut tremper nos mains régulièrement dans un sot d‘eau bouillante pour que le sang circule. 

A propos de mains, je n‘ai plus du tout les douleurs dont je t‘avais parlé dans mes premières lettres. La main droite est bien entendu tout le temps plus crispée et courbaturée à force de soulever les „ griffes“ – c‘est drôle, des mains qui portent des griffes, tiens! Non? Bon … – mais ça ne me fait plus mal. Le corps s‘habitue. 

Par contre, j‘ai encore fait une pirouette avec la moto en faisant un mauvais freinage. Rien de dramatique en soi mais mon genou a pris un sale coup et cela fait plus de deux semaines que je peine à le plier. Un genou en compote, j‘ai voulu imiter mon père et ma sœur probablement! En tous cas il ressemble aux genoux qu’ils ont tout au long de l‘année. Pas sûre que ce soit bon signe… 

Un freinage raté, n‘empêche, ça m’a bien forcé à ralentir. Je devais en avoir besoin. Rattraper le sommeil, stocker du gras, reposer mes articulations et me préparer pour l’hiver à la ferme. Entrer en hibernation quoi. 

De biquette je suis passée à marmotte ces deux dernières semaines. La transition achevée, je sens qu’une nouvelle énergie prend place, prête pour la suite de l’aventure !

En puis quand on dort, on rêve. 

On oublie trop souvent, comment rêver. 

Je t’aime

Ta marmotte 

CHÈRE MAMIE #6

ANNIVERSAIRE SOLITAIRE

Chère mamie,

Aujourd‘hui, c‘est mon anniversaire. Je sais que tu sais. Tu n‘oublies jamais l‘anniversaire de tes petits enfants.

Aujourd‘hui, c‘est un jour comme les autres à la ferme. Je me suis levée à 3h30 du matin, étonnement sans réveil, je crois que mon corps commence à intégrer naturellement le rythme. La traite s‘est bien passée, jusqu‘à ce qu‘une vache du nom de Dave – c‘est le féminin de David parait-il … moi je vois la vache avec la coupe de cheveux de Dave à chaque fois que je la regarde et je ris intérieurement, c‘est con! – bref… jusqu‘à ce que Dave m‘écrase contre une barrière en faisant demi-tour brusquement alors que je fermais une clôture. J’ai eu peur et surtout très mal. C‘est que ça pèse son kilo ce bétail là… j‘ai pleuré. Au début à cause de la douleur. Puis après, un peu parce que ni mon collègue, ni mon patron ne faisaient attention à moi et n‘avaient remarqué ma mésaventure. Et puis j’ai sangloté. Comme une enfant. Et là, c‘était foutu! Je ne savais plus pourquoi je pleurais. J‘avais 10 ans, j‘étais seule sous la pluie à nettoyer la bouse de vache et personne m‘ayant souhaité mon anniversaire. J‘étais l‘enfant la plus triste de Tasmanie à ce moment précis. Et dès que je pensais à ma famille, dès que je visualisais tout l‘amour que l‘on me porte à des kilomètres de là, je repartais de plus belle, nettoyant la cour à grand jet d’eau en même temps que les éclaboussures de bouse séchée sur mon visage à chaudes larmes. 

La petite Fanette qui n‘a pas serré d‘humain contre elle depuis des mois. La petite Fanette qui n‘a pas sentie l‘odeur de sa mère depuis une éternité. Comme quoi, on peut avoir 30 balais passés, être à l‘autre bout du monde et toujours avoir autant besoin des bras de sa maman. J‘en menais pas large debout dans la cour de la ferme en cette pluvieuse matinée du 12 mai !

Aujourd‘hui, c’est bien un jour comme les autres, je suis toujours là où j‘ai décidé d‘être en train de faire ce que j‘ai décidé de faire. Bruce roupille sur son canapé, je guette l‘existence d‘une éventuelle souris avec laquelle je cohabite en buvant mon café. En France, je ne suis même pas encore née il y a 32 ans! Tout le monde doit être en train de dormir, d‘ailleurs je crois que moi aussi, je vais aller me recoucher. Et puis après tout, ce matin, c‘était pas encore mon anniversaire. Alors on efface. On essuie les larmes de crocodiles, on se tartine la cuisse de crème pour réduire l‘ecchymose et on laisse repartir la petite Fanette. 

En même temps, ça fait du bien de chialer un peu parfois. Pas toujours être forte. Être fort quand on est seul, ça devient un chouïa plus compliqué. Mais tu sais de quoi je parle, n‘est-ce pas ma mamie. Toi aussi, tu comprends le manque d‘une étreinte sincère, d‘une main dans le dos, d‘un regard bienveillant et de mots rassurants. Avec ou sans confinement. Les gens ont découvert pendant quelques semaines le quotidien de personnes physiquement isolées quasiment toute l‘année. 

Comme aujourd’hui, et bien c‘est encore et toujours mon anniversaire, une fois n’est pas coutume, je vais m‘auto-citer dans la lettre !  

„ Etreinte. C’est un mot que j’aime bien. Il y a des mots comme ça, on s’explique pas. Ils nous touchent. Celui-là en particulier. Une étreinte. C’est ni fougueux, ni mou. C’est plein d’amour simple. Comme une pâte qu’on pétrit pour faire à manger pour les siens. Comme une épaule qu’on serre d’une main pour donner une dose de soutien. Un regard qu’on appuie pour s’assurer que l’autre va bien. Quand on fait une bise en déposant complètement ses lèvres sur les joues de quelqu’un. Une étreinte ça te recharge la batterie après une bonne grosse journée de merde. Une étreinte ça dit plus que des mots, ça touche, ça palpe, ça enserre, ça presse contre soi, sein contre sein. Juste les corps qui se transmettent l’un à l’autre leur chaleur respective. Une étreinte c’est une respiration avec quatre poumons. Un souffle chaud entre les tissus des vêtements. Étreinte. A une lettre près on est plus rien. „

Aujourd‘hui, c‘est mon anniversaire. Je sais que tu sais. Tu m‘enverrais une petite lettre dans laquelle tu glisserais une fleur du jardin. Je lirais cette belle écriture qui raconte les aventures de la maisonnée de Gousseauville. Les moineaux sur la terrasse, Blacky et les chats de passage. Les fleurs qu‘il a fallu rentrer dans le garage car une petite vague de gel a pointé le bout de son nez. Tu me raconterais comment j‘ai fais mes premiers pas, là devant la terrasse.

Aujourd‘hui, comme tous les autres jours, je ne suis pas seule. Tu es là, avec moi, les pieds dans la boue, le nez dans le vent. Il y a pas d‘âge pour apprendre à marcher, tomber et se relever. 

Je t‘aime

Ta biquette 

CHÈRE MAMIE #5

HOME

Chère mamie,

J‘espère que tout va bien chez toi. Chez-soi.

Quelques jours avant que l’état de Tasmanie annonce le confinement total de l’île, j‘ai appelé un centre d‘information régional pour savoir si je pouvais camper sur la côte. La dame au téléphone m‘a répondu sobrement „Go back home“, „rentrez chez-vous“. Il a fallu que je lui demande de préciser ce qu‘elle entendait par „chez-moi“. Ce à quoi elle m‘a répondu par une seconde question „d‘où venez-vous?“. J‘ai alors innocemment demandé si elle voulait savoir d‘où je venais aujourd’hui ou en général dans la vie. 

En effet, pour beaucoup de personnes, „chez-soi“ équivaut à „d‘où l’on vient“, l‘endroit où l‘on est née. Pas pour moi. Certes la France est mon pays d‘origine, et j‘y aurai toujours un foyer prêt à m‘accueillir si besoin, que ce soit celui de ma famille ou ceux de mes amis. La France est plutôt un port d‘attache à mes yeux. J‘y retourne pour faire le plein d‘amour et de fromages. Mais ce n‘est plus chez moi depuis que j‘ai compris que chez moi c‘était partout où j‘étais, partout où je voulais être et que je suis partie. Bon tu t‘imagines bien que je n‘ai pas expliqué tout cela à la réceptionniste un tantinet stressée par la situation. 

J‘aurais aussi pu lui expliquer que d‘ailleurs, mon dernier chez-moi concret et physique, mon chez-moi social et professionnel, n‘était pas la France mais l‘Allemagne. Cela fait bientôt deux ans que j‘ai quitté le nid que je m‘étais crée. Le cocon dans lequel je vivais et la sphère dans laquelle j‘évoluais. Deux ans que j‘ai mis ma petite vie berlinoise dans les cartons. Emballé ma collection de verres à moutarde (dont tu mas transmis la passion sans le savoir), paqueté tout mon bazar, souvenirs de voyage, vieilleries chinées, cartes postales reçues… mes plantes, mes amulettes et tous mes gris-gris magiques dans du papier bulle et du journal! Ne garder que l‘essentiel qui tiendra sur un vélo puis sur une moto. 

J‘aurais pu lui dire que depuis quasiment deux ans, l‘endroit dans lequel j‘ai passé le plus de nuits, c‘est un bout de toile tendu entre des piquets, ma minuscule tente verte. D‘ailleurs, après cet appel, c‘est dans cette tente que j‘ai replongé la tête, me demandant combien de personnes vivant sur cette île avaient déjà quitté l’île … en attendant, moi, j‘ai bel et bien quitté Lille et chez moi, ce soir, c‘est cette tente sur cette plage ! 

La route c‘est mon salon, les paysages qui défilent sont mon jardin et chez moi c‘est là où je suis, ici et maintenant. Voilà ce que j‘aurais pu répondre à cette dame au téléphone. Bon et puis après ça, je suis retournée à la ferme où j’avais passé un mois à travailler. Trêve de plaisanterie! 

Chez moi depuis quelques semaines c‘est l‘ancienne salle de traite réaménagée en un petit studio. J‘ai accroché au mur des recettes envoyées par mes parents et ma sœur, qui désespèrent de me voir si douée à rater tous les plats que je cuisine! J‘ai collé au frigo les quelques cartes et mots que je transportais sur la moto, déposé sur le rebord de la fenêtre mes trésors de balade en forêt et j‘ai même rempoté des fougères. Mais là encore, j‘ai autant la main verte que je suis cordon bleu… 

J’ai aussi accroché les cartes routières de l‘Australie et de la Nouvelle-Zélande me rappelant que chez-moi c‘est tous ces endroits! Tous ces lieux que j‘ai visité et que je visiterai. Chez-moi, dans le cœur des gens que j‘ai rencontré sur le chemin et que je rencontrerai. 

Et puis j‘ai écris cette citation en grand sur l’un des murs de la pièce : 

„N‘acceptez pas que l‘on fixe, ni qui vous êtes, ni où rester. Ma couche est l‘air libre. (…) Soyez complice du crime de vivre et fuyez! Sans rien fuir, avec vos armes de jet et la main large, prête à s’unir, sobre à punir. Mêlez vous à qui ne vous regarde, car lointaine est parfois la couleur qui fera votre blason. Le cosmos est mon campement.“La Horde du Contrevent, Alain Damasio

Prends bien soin de toi ma petite mamie.

Ta biquette 

CHÈRE MAMIE #4

AUTOMNE 

Chère Mamie,

Ici c‘est l‘automne. J‘ai remarqué que je disais souvent „l‘hiver arrive“, niant complètement l‘existence de cette saison à part entière, l‘automne. Le nom porte en lui toute la palette de couleurs des arbres, l‘odeur de la terre humide et des feuilles mortes qui commencent à se désagréger, le remue ménage silencieux des verres et des insectes à l‘œuvre dans l‘horloge du monde et de ses cycles. 

Se promener en forêt en automne est une chose fantastique. Les feuilles jaunes, oranges, marrons, rouges vermeilles tourbillonnent pour rejoindre le tapis en décomposition sur le sentier. Quelqu’un quelque part brûle du bois mort, ça sent bon. Je vois papa ramener à la maison des kilos de noix dont la moitié sera pourrie. Je vois ma mère dans sa cuisine préparer un petit salé avec du chou pour la famille. Je me vois avec Clémentine dans la rue Pierre Martel ramasser des tonnes de feuilles de lierre tombées du mur de l‘école pour en faire des œuvres d‘arts éphémères à grand renfort de colle UHU. Je vois aussi les balades au bord de l‘étang à regarder les canards et quelques rares sorties chasses avec papa dans la Somme. 

Quand je me promène avec Bruce en haut de la colline qui surplombe la ferme, je me sens plus vivante que jamais, les sens affutés, la mémoire réveillée. La nature meurt avant de renaître, tout est au ralenti, même les sons semblent être plus feutrés qu’à l’accoutumée. Je ramasse quelques pommes de pin, un petit crâne d’animal et des pierres que je poserai sur mon appui de fenêtres comme de petites amulettes. La lumière se fraye un chemin entre les brumes du matin et les nuages étirés. Le soleil chauffe doucement et les journées raccourcissent. C‘est une saison qu‘il faut saisir si on veut apprécier la leçon qu’elle a à nous donner. Alors je la saisis. Je saisis l’automne et laisse aller le passé, j‘enterre quelques souvenirs et jette au vent des éclats de rire qui j‘espère te parviendront aux oreilles. 

Cette année je n‘aurai pas à attendre bien longtemps pour vivre le prochain automne. Cette année j‘aurai deux automnes. Je mangerai les noix de papa, je regarderai ma mère s‘affairer dans la cuisine, Clémentine fera des marmites de soupe au potimarron. Cette année je te prendrai dans mes bras, plus besoin du vent pour rire avec toi. 

Je t‘aime, 

Ta biquette 

CHÈRE MAMIE #3

BOUSE DE VACHE VS VOIE LACTÉE

Chère mamie,

J‘ai un peu de retard dans mes lettres, je m‘en excuse. Voilà maintenant un mois que l‘état de Tasmanie a annoncé le confinement, et ce n‘est clair pour personne quelle va être la suite dés événements. Une chose est certaine, c‘est qu‘il faudra plus de quatre semaines pour venir à bout du virus sur l’île et que la réouverture des frontières n‘est pas pour maintenant.

En attendant, je poursuis mon quotidien à la ferme, le nez dans le guidon comme on dit, mais dans mon cas, le nez dans la bouse serait plus approprié… j‘en suis couverte des pieds jusqu‘à la tête à la fin de chaque journée ! 

Le travail est très fatiguant, mon corps n‘est pas encore habitué aux mouvements répétitifs et à la cadence soutenue qu‘impose la traite sur plateforme rotative. Je commence à avoir des douleurs dans les mains et les poignets dues au poids des capsules de traite. La nuit mes mains sont si crispées qu‘il me faut les mettre à plat sous moi pour les détendre et je me réveille avec des fourmis dans les doigts. Sans compter que le réveil se fait tous les matins à 3h30! Autant te dire que je suis fraîche comme la rosée lorsque j‘oscille dans le noir vers la salle de traite. Ma récompense, c‘est de lever le nez et de voir la Voie lactée, là, juste au dessus de moi. La Voie lactée, je la voyais jamais quand j‘habitais en ville, à peine un bout d‘étoile. 

Le boulot est dur mais le paysage si beau. Les vaches sont drôles et curieuses, elles courent toutes après Bruce le chien quand on se promène le long des pâtures. Il y a un troupeau de vaches à viande à qui ont rend visite en particulier. Elles sont sublimes, elles portent des badges à l’oreille avec un nom dessus. Red, Jack, Bertha, Dusty… Dusty est ma préférée, elle me laisse lui gratter le cou, sous le museau et derrière les oreilles. J’espère quelle ne finira pas en steack.

Je ne vois pas grand monde. Mon patron est assez solitaire, les collègues tous très occupés et pendant les traites, il y a peu de temps pour se parler. Mais tant qu‘il y a Bruce, tout va bien. Toujours heureux de me voir. Je le libère de son bout de jardin après la traite du matin. Il a le canapé pour lui tout seul pendant que je cuisine ou que je fais la sieste. Au moment même où je t‘écris, il est étalé sur sa couverture secoué de petits spasmes dans son sommeil plein de rêves. C‘est pas le chien le plus futé mais c‘est un bon chien. J‘ai tout de même hâte de pouvoir à nouveau bouger librement pour aller rendre visite aux quelques amis que j‘ai sur l’île. 

Ce matin, après une grâce matinée bien méritée et un thé noir au miel, j‘ai relu une citation d‘un livre de science fiction que j‘avais dévoré avant de quitter l‘Europe, La Horde du Contrevent d‘Alain Damasio : „ La monotonie n‘existe pas. Elle n‘est qu‘un symptôme de la fatigue. Le divers, n‘importe qui peut le rencontrer à chacun de ses pas, pour peu qu‘il en ait la force et l‘acuité.“ Et cette citation m‘a parue d‘une incroyable pertinence en ces temps de confinement, de routine isolée et de quotidien en boucle. 

Je vais tâcher dans les prochaines semaines de trouver la routine et le divers qui me sont nécessaires. De m‘adapter au rythme d’un travail difficile dans un cadre magique. De faire de cette expérience un temps à part à l‘orée du monde. Apprendre de la nature, des animaux et sur moi-même. Revenir à l‘essence. Le nez dans la bouse et la tête dans les étoiles!

Je t‘embrasse tendrement ma petite mamie.

Ta biquette 

CHÈRE MAMIE #2

MA BONNE ÉTOILE 

Chère mamie,

Ici, cela fait maintenant deux semaines que nous sommes officiellement confinés mais pour moi cela ne change pas grand chose à mon quotidien des deux derniers mois. Bien sûr, cela a bouleversé un peu mes plans de partir explorer l’île à moto et mes projets de camping en pleine nature mais encore une fois j’ai un bol d’enfer! 

J’ai une bonne étoile qui doit veiller sur moi depuis que je voyage, des fois j’ai même un peu l’impression que tu y es pour quelque chose, que tu as quelques pouvoirs magiques et que tu envoies les moineaux et les pies s’assurer que je me sortirais d’affaire, que je rencontrerais les bonnes personnes sur mon chemin. 

Je pensais déjà cela il y a un an, lorsque vivant ma vie d’aventurière à plein gaze, je me suis ramassée la tronche dans les graviers et cassée quelques bout d’os. Cela aurait pu être la fin du périple, cela aurait pu être une étape complexe et douloureuse. Mais j’ai été soutenue, aidée, secourue par de belles âmes. Toi, à l’autre bout du globe, tu sentais qu’il se passait quelque chose. Mamie marabou. Mamie magique, j’ai un champ magnétique qui me protège et des petits remèdes qui me soignent. Quand je sens le rhume arriver, je me fais des inhalations avec de la sauge et de l’eucalyptus. Je me nettoie le visage avec de la pulpe de tomate ou frotte l’émail de mes dents avec un peu de citron… ma mamie nature qui m’as appris tout un tas de petites astuces. 

Ici l’Etat de Tasmanie avait lancé un peu une sorte de chasse aux voyageurs, internationaux ou australiens, souhaitant que tous les non residents quittent l’île, et ce, quelques jours avant la fin de mon travail à la ferme. J’ai douté, me suis demandée quelle était la meilleure décision à prendre, rentrer en France ou rester ici. Et puis finalement j’ai opté pour une troisième solution, ne pas céder à la panique générale et suivre mon instinct. Je suis finalement restée, mes patrons m’ayant suggéré d’attendre chez eux pendant quelques semaines. Et puis finalement j’ai trouvé un autre emploi dans une autre ferme laitière très rapidement et jusqu’en septembre! Voilà, encore une fois, un sacré pot ! Le cul bordé de nouilles comme dirait papa. 

Je viens donc de commencer dans une nouvelle ferme de 900 vaches, un chien et 1000 hectares de liberté où crapahuter. 

Ici, le travail est beaucoup plus difficile. Il s’agit d’une ferme avec une plateforme circulaire, les vaches y rentrent une à une pour manger et défilent devant toi. Il faut donc être rapide pour mettre les capsules de traite. À l’autre bout de la plateforme une autre personne nettoie les capsules et aspergent les pies des vaches d’un produit désinfectant. En général c’est le moment qu’elles choisissent pour déféquer. Autant te dire que de ce côté là de la plateforme tu te fais littéralement chier dessus! Une avalanche de bouse, une déferlante de crotte qui s’abat sur la casquette. De l’autre coté de la plateforme… tu en chies! Il ne faut pas trainer pour ne pas devoir arrêter la plateforme de tourner. Il faut reconnecter tous les tuyaux que les vaches ont retiré avec leurs sabots, brancher les vaches sous traitements sur un sot pour séparer le lait, éviter de se faire écrabouiller les doigts par celles qui apprécient peu qu’on leur tripote les mamelles, environ 80% d’entre elles… c’est intense! J’ai frôlé la crise de larmes hier, pour te dire ! Mais bon je pense que d’ici une semaine j’aurais pris le rythme. Mon corps se sera habitué aux mouvements répétitifs et les courbatures seront parties. Enfin, je te raconterai comment je me débrouille dans ma prochaine lettre! 

Entre les traites, je prends le vélo de mon patron et j’emmène Bruce, le chien, en balade. On va voir les veaux. Les jeunes vaches sont très curieuses et un peu folles, elles me font tellement rire. Certaines vaches se mettent à courir à côté de nous lorsque je pédale à toute vitesse et que Bruce détale comment un dératé. Et tout cela dans un parfait paysage. L’automne arrive mais les pâtures sont encore très verdoyantes et le soleil chauffe encore un peu. Bref, comme tu peux le voir, je suis pas la plus malheureuse des confinés…

Aujourd’hui c’est Pâques. Ca ne m’évoque pas grand chose, moi qui ne suis pas croyante. Les gens passent Pâques en famille. Mais pas toi, ni moi non plus. Je t’écris dans ma petite chambre un peu vide où je suis seule. Et je ne me sens ni seule, ni rien. J’ai un souvenir en tête et c’est là la seule chose intéressante de cette journée, c’est le souvenir des matinées passées à fouiller le jardin à Gousseauville à la recherche des œufs déposés dans la nuit par les cloches juste à coté. Quelle joie!! La chasse au chocolat, l’œil avide à l’affût du moindre petit bout de papier coloré en aluminium. Un petit œuf bleu ici dans le pot de geranium, un petit orange là dans les salades! 

J’irai m’acheter des petits œufs au papier coloré. A chaque fois que j’en mangerai un, j’aurai le goût de notre enfance. J’aurai en moi l’amour que mes grands-parents essayaient de nous donner en enchantant notre réel à Clem et moi. Je verrai tes yeux pétillants quand je te demande si tu veux que je te ramène du chocolat du supermarché. La malice de ton regard. 

Joyeuses Pâques ma mamie, ça ou autre chose, mais de la joie!

Ta biquette de la ferme 

CHÈRE MAMIE #1

Chaleur animale

Chère mamie,

Ça fait un petit moment que je ne t’ai pas écrit. On perd vite la notion du temps quand on travaille beaucoup au milieu de nulle part. 

Je travaille en effet à nouveau dans une ferme laitière. Je suis entourée au quotidien de 900 vaches, trois chiens et un chat! Ça te plairait. Plus d’animaux que de gens. Tout est si simple avec les bêtes. Ils sont ce qu’ils sont et rien d’autre. Pas de complication, pas de faux semblants. 

Il y a Ronaldo qu’on appelle Ronni, le chat qui se comporte comme un chien. Pas sournois, toujours câlin. Quand je me sens d’humeur fainéante après avoir mangé, je m’étale sur le tapis du salon avec lui. Je colle mon nez dans son cou tout chaud et doux et je sens les vibrations de ses ronronnements. C’est fou comme ça m’apaise. 

Il y a Carbi, un petit chien noir au poil long. Carbi est discret. Il est là, on l’aperçoit à peine. Il ne demande jamais rien. Il ne lâche pas d’une semelle ses maîtres à l’arrière des petites voitures 4×4 quand ils vont chercher les vaches ou niché sous les mangeoires de la salle de traite… Il vit sa vie ! 

Il y a Lucy, une petite chienne à poil court aux tons clairs. Derrière ses airs de mini peluche, c’est une tueuse! Le matin, dans les près, elle et Carbi chassent les wallabies (et en tuent quelques uns…). Elle se met à trembler dès que je dis son nom tellement elle est excitée d’avoir un peu d’attention. Mais elle attendra patiemment pour recevoir des caresses ou de la nourriture. Elle est très obéissante et intelligente.

Enfin il y a Oly, mon petit préféré. C’est un chiot border collier, un chien qui n’est heureux qu’en travaillant. Ils ont ça dans le sang! Oly est un vrai pot de colle, il n’a jamais assez de caresses et d’attention. Il est jaloux comme un poux quand on s’occupe des deux autres en face de lui. Il ne comprend pas grand chose à ce qu’on lui dit mais c’est une bonne pâte. Si bien que peu importe ce que je lui dis, il se met sur le dos les quatre fers en l’air! Des fois ça m’exaspère mais je finis toujours par craquer et lui gratter le ventre. 

Quand je rentre de la traite, je vais directement sur la terrasse retrouver les chiens. Je m’assieds quelques instants pour observer le paysage et le soleil qui se couche. Apprécier l’instant. Ces boules de poils un peu cracra mais pleine d’amour collées à moi et qui me donnent un peu de leur chaleur. 

Je n’ai pas serré dans mes bras mes parents et ma sœur depuis 19 mois. J’ai compté. Je ne t’ai pas prise dans mes bras et n’ai pas embrassé tes joues à la peau fine et ridée depuis 20 mois. Alors quand ma famille me manque, quand le contact humain me fait défaut, et que j’ai ces petits corps d’animaux serrés contre le mien, je sens qu’ils me transmettent quelque chose de précieux. De l’énergie. 

Ma petite mamie, en ce moment, plus encore que jamais, tu es seule. 

Je te vois dans ta chambre de la résidence. Tu regardes à travers la baie vitrée vers le balcon en ciment et le bout de jardin mais tes yeux butent sur cette palissade. Alors tu regardes la télé. Mais tes yeux fatiguent maintenant. Heureusement qu’il y a de temps en temps des oiseaux qui viennent te dire bonjour. Avec toi, ils savent qu’ils sont en sécurité. 

Ma petite mamie, en ce moment, encore plus qu’avant, tu n’as plus la notion du temps. Il s’étire et tu somnoles. Tu attends que ça passe. 

Ma petite mamie, je pense tellement à toi. Mais je n’ai même plus le moyen de te contacter, alors je vais t’écrire. Toutes les semaines, je te raconterai ma vie à la ferme. Toutes les semaines tu me verras pousser la palissade de ton bout de jardin, enjamber le balcon, ouvrir la baie vitrée et te prendre dans mes bras. Je t’emmènerai dans ces prairies magnifiques, on ira chercher les vaches assises dans la petite voiture de la ferme recouverte de boue. Je te montrerai le point de vue que je préfère. Quand je m’arrête quelques secondes de travailler pour admirer les collines. Que je souris bêtement et que je suis simplement heureuse d’être là. 

Ma mamie, je sais que tu lis ces mots seule dans ta chambre. J’espère que tu pourras sentir toute la chaleur et l’amour qui en émanent et qu’ils t’envelopperont comme Carbi sur mon épaule et Lucy sur mon ventre. J’espère qu’ils t’apaiseront comme la respiration endormie de Ronni sur le tapis. Dans mes mots je te donne tout mon amour, ma mamie. 

Prends bien soin de toi. 

Tu es partout autour de moi.

Ta petite biquette 

DÉCLARATION #5

Coup de soleil

J’ai envie de revenir un peu en arrière. Quand je traçais la route en tête chercheuse sur mon biclou. Quand je bouffais les kilomètres à coup de pédales pour rebooter le système avant le grand départ. J’ai envie de me souvenir de celui que j’ai croisé au détour d’une plage en Bretagne. 

Laissez-moi vous dresser le tableau. Un dimanche en fin de journée, le ciel en clair obscur, la lumière qui perce à travers les nuages au dessus de la mer et de la musique électronique qui fait vriller les vagues. Je veux saisir l’instant, capturer l’image mais voilà un type qui se plante dans mon champ, me tourne le dos et pisse dans l’eau. Charmant. Lorsqu’en revenant vers la musique, remontant sa braguette, puis récupérant sa bouteille ancrée dans le sable, il me remarque. Sérial killer de poésie photographique. Un immense sourire sur son visage. Je ne sais même pas si je l’ai pris mon cliché au final. 

On se parle, je sais plus bien ce qu’on dit. J’écoute mais mon instinct est passé en pilote automatique, c’est lui qui gère plongé dans ces yeux verts. Trop de choses à se dire. Cet inconnu qui m’est si familier, impossible de se quitter. Celui qui était un festivalier tueur de magie crépusculaire devient le voyageur à large poitrine. Il revient tout juste de trois ans de périple… en Nouvelle-Zélande et en Australie. J’ai presque cru apercevoir l’univers faire un immense clin d’œil dans un coin de l’horizon qui s’obscurcissait à mesure qu’on discutait. 

A vélo, j’avais une règle. Jamais de demi-tour. Quitte à faire des détours. 

La veille j’avais roulé bien trop vite pour arriver à temps. Je m’étais assise sur un banc près d’un estuaire du nom de Guidel, et je mangeais la salade de lentille que la maman de Romain m’avait si gentiment donné à emmener. Un peu frustrée de ne pas pouvoir plus explorer le coin et regardant avec envie des gens faire du canoë. 

Alors lorsque l’inconnu me dit de le retrouver le lendemain pour faire du Kayak, ce n’est plus un clin d’œil que j’ai vu dans le ciel mais des gyrophares, des flèches à bande luminescente avec un itinéraire Tom-Tom fourni par les étoiles. 

Nos chemins se séparent, l’alcool coule à flot en cette fin de festival sur des airs de chants marins. 

Au matin quand on me demande par où je reprends la route, je réponds que je fais demi-tour. Je leur parle d’un âme-sœur que je dois retrouver pour faire de l’escalade… mais si, l’âme-sœur, le mythe de philosophie platonicienne, quatre bras, quatre jambes, deux visages… Oh et puis merde, vous avez qu’à googler. On me regarde avec un sourcil relevé et on se demande si j’ai tout à fait décuvé. Je remballe la tente et je rebrousse chemin. Arrivée dans le bled je réalise que j’ai pas d’adresse, il se met à pleuvoir sec et je tombe directement sur la messagerie du voyageur-pisseur. Je commence un poil à douter. Mais 30 bornes dans les roues, quand on a plus d’alcool que d’oxygène dans les veines, ça rend persévérant alors je demande à une dame qui rentre ses poubelles où je peux trouver la maison des larges poitrines (c’est le sens du nom, vous vous doutez bien que personne s’appelle comme ça en vrai … ). Je trouve le lieu mais pas la porte d’entrée, si bien que je me retrouve au milieu de la cuisine par la porte de jardin face au père de l’inconnu. Bonjour M’sieur. 

Improbable mais on y est. Sur l’eau dans un canoë qui tourne en rond parce que comme des billes, on a oublié l’aileron. Mais la flemme, on est bien. On a l’énergie d’un gastéropode à nous deux réunis. On sèche nos coquilles contre les rochers quand on voit passer le canoë qui se fait la malle avec la marée et toutes nos affaires… « Mais je le connais celui-là! » 

Les pieds nus, la peau salée, on récompense nos exploits de sauvetage marin avec des galettes forestières et des rasades de cidre. On s’allonge sur le quai pour profiter des derniers rayons de soleil. Mon épaule touche son épaule. Je n’ai ni d’âge, ni de prénom. Je ne sais d’ailleurs plus rien à cet instant. Je suis l’instant. Rien d’autre. 

Les jet skieurs qui nous les brisaient sont partis. Juste le silence et les piaillements des grands oiseaux blancs qui se rassemblent dans les arbres pour la nuit. On ne dit rien. Tout est calme et simple sur l’eau. Beau. Étrange d’être si bien avec quelqu’un qu’on connait pourtant si peu. Je n’ai pas d’attentes, ce qu’on partage se suffit. Un grand coup de fusil nous sort de notre dérive et les oiseaux partent dans un nuage d’ailes affolées. Casseur d’ambiance. Fou rire. 

Pas d’attentes. Désirs. Mes mains meurent de se poser sur sa nuque tannée par le soleil et mes doigts de s’engouffrer dans ses longs cheveux noirs. Mais à ses cotés j’ai 15 ans à nouveau, je suis sûre de rien et redécouvre une timidité perdue au fil des années. 

En un demi-tour éclair et à peine 2 jours le voyageur m’a bouleversé. Il a chamboulé mes récepteurs, retourné mon cerveau comme une crêpe au rhum. J‘avais encore la gueule de bois, que je flottais sur un petit nuage, à la dérive, sans ailerons pour nous aiguiller. Je me suis laissée aller. Il a réveillé un truc. Ses mains qui s‘agrippent aux rochers ont trouvé une prise sur ma peau de pierre. Écailles abîmées. A son contact mon sang s‘est réchauffé, j‘ai senti un souffle circuler dans mes tissus. J‘ai ressenti quelque chose, je savais même plus que ça existait. J‘étais enfant, animale, femme. Et tout ce fatras de moi, a compris d‘une façon si limpide et si simple, putain, je viens de tomber amoureuse. Là. 

C’est le genre de rencontre, ça t’arrive pas tout le temps, de la magie simple.

Je vous souhaite de toujours sentir avec la naïveté de l‘enfance, de ressentir avec la sensualité animale et de penser avec vos cœurs d‘homme. Ne négligez jamais l‘instant. Il est ce qu’il y a de plus précieux. 

Merci Pierre de m‘avoir rappelé ce que c‘est que d‘aimer le temps d‘un après-midi d‘été. 

Ici / Maintenant

PUZZLE

Je tombe amoureuse comme je tombe à moto.
Je dois avoir un problème d’équilibre.

Je sais pas ce qui laisse le plus de traces mais une chose est sûre, je commence à avoir des égratignures plein la gueule. Du metal dans les os, de l’encre sous la peau, quelques cicatrices à la surface et des petites coupures profondes. On est tous un foutu patchwork cousu main dans la main avec ce que la vie veut bien nous refourger de bouts d’histoire. Mais des fois, j’en ai un peu marre de ma cape dépareillée, je voudrais pour une fois un peu d’unité.

J’ai le cœur de Frankenstein, les sentiments qui ne tiennent qu’à un fil, à chaque rencontre un nouveau fragment qu’on recoud comme un grand. Je perds et je gagne tout en même temps.

A ce train là, à 70 ans je suis un maxi puzzle 500 pièces, de ceux que tu mets sur une plaque en bois pour les transporter tellement ils sont galère à faire. Mais dans mon dessin on verra un paysage d’une seule et même couleur, celle des peurs surmontées, des rêves réalisés et des personnes aimées. Magnifique bazar imprudent. Vivant.


Photos Sebastian Karich

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