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CHÈRE MAMIE #3

BOUSE DE VACHE VS VOIE LACTÉE

Chère mamie,

J‘ai un peu de retard dans mes lettres, je m‘en excuse. Voilà maintenant un mois que l‘état de Tasmanie a annoncé le confinement, et ce n‘est clair pour personne quelle va être la suite dés événements. Une chose est certaine, c‘est qu‘il faudra plus de quatre semaines pour venir à bout du virus sur l’île et que la réouverture des frontières n‘est pas pour maintenant.

En attendant, je poursuis mon quotidien à la ferme, le nez dans le guidon comme on dit, mais dans mon cas, le nez dans la bouse serait plus approprié… j‘en suis couverte des pieds jusqu‘à la tête à la fin de chaque journée ! 

Le travail est très fatiguant, mon corps n‘est pas encore habitué aux mouvements répétitifs et à la cadence soutenue qu‘impose la traite sur plateforme rotative. Je commence à avoir des douleurs dans les mains et les poignets dues au poids des capsules de traite. La nuit mes mains sont si crispées qu‘il me faut les mettre à plat sous moi pour les détendre et je me réveille avec des fourmis dans les doigts. Sans compter que le réveil se fait tous les matins à 3h30! Autant te dire que je suis fraîche comme la rosée lorsque j‘oscille dans le noir vers la salle de traite. Ma récompense, c‘est de lever le nez et de voir la Voie lactée, là, juste au dessus de moi. La Voie lactée, je la voyais jamais quand j‘habitais en ville, à peine un bout d‘étoile. 

Le boulot est dur mais le paysage si beau. Les vaches sont drôles et curieuses, elles courent toutes après Bruce le chien quand on se promène le long des pâtures. Il y a un troupeau de vaches à viande à qui ont rend visite en particulier. Elles sont sublimes, elles portent des badges à l’oreille avec un nom dessus. Red, Jack, Bertha, Dusty… Dusty est ma préférée, elle me laisse lui gratter le cou, sous le museau et derrière les oreilles. J’espère quelle ne finira pas en steack.

Je ne vois pas grand monde. Mon patron est assez solitaire, les collègues tous très occupés et pendant les traites, il y a peu de temps pour se parler. Mais tant qu‘il y a Bruce, tout va bien. Toujours heureux de me voir. Je le libère de son bout de jardin après la traite du matin. Il a le canapé pour lui tout seul pendant que je cuisine ou que je fais la sieste. Au moment même où je t‘écris, il est étalé sur sa couverture secoué de petits spasmes dans son sommeil plein de rêves. C‘est pas le chien le plus futé mais c‘est un bon chien. J‘ai tout de même hâte de pouvoir à nouveau bouger librement pour aller rendre visite aux quelques amis que j‘ai sur l’île. 

Ce matin, après une grâce matinée bien méritée et un thé noir au miel, j‘ai relu une citation d‘un livre de science fiction que j‘avais dévoré avant de quitter l‘Europe, La Horde du Contrevent d‘Alain Damasio : „ La monotonie n‘existe pas. Elle n‘est qu‘un symptôme de la fatigue. Le divers, n‘importe qui peut le rencontrer à chacun de ses pas, pour peu qu‘il en ait la force et l‘acuité.“ Et cette citation m‘a parue d‘une incroyable pertinence en ces temps de confinement, de routine isolée et de quotidien en boucle. 

Je vais tâcher dans les prochaines semaines de trouver la routine et le divers qui me sont nécessaires. De m‘adapter au rythme d’un travail difficile dans un cadre magique. De faire de cette expérience un temps à part à l‘orée du monde. Apprendre de la nature, des animaux et sur moi-même. Revenir à l‘essence. Le nez dans la bouse et la tête dans les étoiles!

Je t‘embrasse tendrement ma petite mamie.

Ta biquette 

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