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CHÈRE MAMIE #2

MA BONNE ÉTOILE 

Chère mamie,

Ici, cela fait maintenant deux semaines que nous sommes officiellement confinés mais pour moi cela ne change pas grand chose à mon quotidien des deux derniers mois. Bien sûr, cela a bouleversé un peu mes plans de partir explorer l’île à moto et mes projets de camping en pleine nature mais encore une fois j’ai un bol d’enfer! 

J’ai une bonne étoile qui doit veiller sur moi depuis que je voyage, des fois j’ai même un peu l’impression que tu y es pour quelque chose, que tu as quelques pouvoirs magiques et que tu envoies les moineaux et les pies s’assurer que je me sortirais d’affaire, que je rencontrerais les bonnes personnes sur mon chemin. 

Je pensais déjà cela il y a un an, lorsque vivant ma vie d’aventurière à plein gaze, je me suis ramassée la tronche dans les graviers et cassée quelques bout d’os. Cela aurait pu être la fin du périple, cela aurait pu être une étape complexe et douloureuse. Mais j’ai été soutenue, aidée, secourue par de belles âmes. Toi, à l’autre bout du globe, tu sentais qu’il se passait quelque chose. Mamie marabou. Mamie magique, j’ai un champ magnétique qui me protège et des petits remèdes qui me soignent. Quand je sens le rhume arriver, je me fais des inhalations avec de la sauge et de l’eucalyptus. Je me nettoie le visage avec de la pulpe de tomate ou frotte l’émail de mes dents avec un peu de citron… ma mamie nature qui m’as appris tout un tas de petites astuces. 

Ici l’Etat de Tasmanie avait lancé un peu une sorte de chasse aux voyageurs, internationaux ou australiens, souhaitant que tous les non residents quittent l’île, et ce, quelques jours avant la fin de mon travail à la ferme. J’ai douté, me suis demandée quelle était la meilleure décision à prendre, rentrer en France ou rester ici. Et puis finalement j’ai opté pour une troisième solution, ne pas céder à la panique générale et suivre mon instinct. Je suis finalement restée, mes patrons m’ayant suggéré d’attendre chez eux pendant quelques semaines. Et puis finalement j’ai trouvé un autre emploi dans une autre ferme laitière très rapidement et jusqu’en septembre! Voilà, encore une fois, un sacré pot ! Le cul bordé de nouilles comme dirait papa. 

Je viens donc de commencer dans une nouvelle ferme de 900 vaches, un chien et 1000 hectares de liberté où crapahuter. 

Ici, le travail est beaucoup plus difficile. Il s’agit d’une ferme avec une plateforme circulaire, les vaches y rentrent une à une pour manger et défilent devant toi. Il faut donc être rapide pour mettre les capsules de traite. À l’autre bout de la plateforme une autre personne nettoie les capsules et aspergent les pies des vaches d’un produit désinfectant. En général c’est le moment qu’elles choisissent pour déféquer. Autant te dire que de ce côté là de la plateforme tu te fais littéralement chier dessus! Une avalanche de bouse, une déferlante de crotte qui s’abat sur la casquette. De l’autre coté de la plateforme… tu en chies! Il ne faut pas trainer pour ne pas devoir arrêter la plateforme de tourner. Il faut reconnecter tous les tuyaux que les vaches ont retiré avec leurs sabots, brancher les vaches sous traitements sur un sot pour séparer le lait, éviter de se faire écrabouiller les doigts par celles qui apprécient peu qu’on leur tripote les mamelles, environ 80% d’entre elles… c’est intense! J’ai frôlé la crise de larmes hier, pour te dire ! Mais bon je pense que d’ici une semaine j’aurais pris le rythme. Mon corps se sera habitué aux mouvements répétitifs et les courbatures seront parties. Enfin, je te raconterai comment je me débrouille dans ma prochaine lettre! 

Entre les traites, je prends le vélo de mon patron et j’emmène Bruce, le chien, en balade. On va voir les veaux. Les jeunes vaches sont très curieuses et un peu folles, elles me font tellement rire. Certaines vaches se mettent à courir à côté de nous lorsque je pédale à toute vitesse et que Bruce détale comment un dératé. Et tout cela dans un parfait paysage. L’automne arrive mais les pâtures sont encore très verdoyantes et le soleil chauffe encore un peu. Bref, comme tu peux le voir, je suis pas la plus malheureuse des confinés…

Aujourd’hui c’est Pâques. Ca ne m’évoque pas grand chose, moi qui ne suis pas croyante. Les gens passent Pâques en famille. Mais pas toi, ni moi non plus. Je t’écris dans ma petite chambre un peu vide où je suis seule. Et je ne me sens ni seule, ni rien. J’ai un souvenir en tête et c’est là la seule chose intéressante de cette journée, c’est le souvenir des matinées passées à fouiller le jardin à Gousseauville à la recherche des œufs déposés dans la nuit par les cloches juste à coté. Quelle joie!! La chasse au chocolat, l’œil avide à l’affût du moindre petit bout de papier coloré en aluminium. Un petit œuf bleu ici dans le pot de geranium, un petit orange là dans les salades! 

J’irai m’acheter des petits œufs au papier coloré. A chaque fois que j’en mangerai un, j’aurai le goût de notre enfance. J’aurai en moi l’amour que mes grands-parents essayaient de nous donner en enchantant notre réel à Clem et moi. Je verrai tes yeux pétillants quand je te demande si tu veux que je te ramène du chocolat du supermarché. La malice de ton regard. 

Joyeuses Pâques ma mamie, ça ou autre chose, mais de la joie!

Ta biquette de la ferme 

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