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CHÈRE MAMIE #4

AUTOMNE 

Chère Mamie,

Ici c‘est l‘automne. J‘ai remarqué que je disais souvent „l‘hiver arrive“, niant complètement l‘existence de cette saison à part entière, l‘automne. Le nom porte en lui toute la palette de couleurs des arbres, l‘odeur de la terre humide et des feuilles mortes qui commencent à se désagréger, le remue ménage silencieux des verres et des insectes à l‘œuvre dans l‘horloge du monde et de ses cycles. 

Se promener en forêt en automne est une chose fantastique. Les feuilles jaunes, oranges, marrons, rouges vermeilles tourbillonnent pour rejoindre le tapis en décomposition sur le sentier. Quelqu’un quelque part brûle du bois mort, ça sent bon. Je vois papa ramener à la maison des kilos de noix dont la moitié sera pourrie. Je vois ma mère dans sa cuisine préparer un petit salé avec du chou pour la famille. Je me vois avec Clémentine dans la rue Pierre Martel ramasser des tonnes de feuilles de lierre tombées du mur de l‘école pour en faire des œuvres d‘arts éphémères à grand renfort de colle UHU. Je vois aussi les balades au bord de l‘étang à regarder les canards et quelques rares sorties chasses avec papa dans la Somme. 

Quand je me promène avec Bruce en haut de la colline qui surplombe la ferme, je me sens plus vivante que jamais, les sens affutés, la mémoire réveillée. La nature meurt avant de renaître, tout est au ralenti, même les sons semblent être plus feutrés qu’à l’accoutumée. Je ramasse quelques pommes de pin, un petit crâne d’animal et des pierres que je poserai sur mon appui de fenêtres comme de petites amulettes. La lumière se fraye un chemin entre les brumes du matin et les nuages étirés. Le soleil chauffe doucement et les journées raccourcissent. C‘est une saison qu‘il faut saisir si on veut apprécier la leçon qu’elle a à nous donner. Alors je la saisis. Je saisis l’automne et laisse aller le passé, j‘enterre quelques souvenirs et jette au vent des éclats de rire qui j‘espère te parviendront aux oreilles. 

Cette année je n‘aurai pas à attendre bien longtemps pour vivre le prochain automne. Cette année j‘aurai deux automnes. Je mangerai les noix de papa, je regarderai ma mère s‘affairer dans la cuisine, Clémentine fera des marmites de soupe au potimarron. Cette année je te prendrai dans mes bras, plus besoin du vent pour rire avec toi. 

Je t‘aime, 

Ta biquette 

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