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CHÈRE MAMIE #6

ANNIVERSAIRE SOLITAIRE

Chère mamie,

Aujourd‘hui, c‘est mon anniversaire. Je sais que tu sais. Tu n‘oublies jamais l‘anniversaire de tes petits enfants.

Aujourd‘hui, c‘est un jour comme les autres à la ferme. Je me suis levée à 3h30 du matin, étonnement sans réveil, je crois que mon corps commence à intégrer naturellement le rythme. La traite s‘est bien passée, jusqu‘à ce qu‘une vache du nom de Dave – c‘est le féminin de David parait-il … moi je vois la vache avec la coupe de cheveux de Dave à chaque fois que je la regarde et je ris intérieurement, c‘est con! – bref… jusqu‘à ce que Dave m‘écrase contre une barrière en faisant demi-tour brusquement alors que je fermais une clôture. J’ai eu peur et surtout très mal. C‘est que ça pèse son kilo ce bétail là… j‘ai pleuré. Au début à cause de la douleur. Puis après, un peu parce que ni mon collègue, ni mon patron ne faisaient attention à moi et n‘avaient remarqué ma mésaventure. Et puis j’ai sangloté. Comme une enfant. Et là, c‘était foutu! Je ne savais plus pourquoi je pleurais. J‘avais 10 ans, j‘étais seule sous la pluie à nettoyer la bouse de vache et personne m‘ayant souhaité mon anniversaire. J‘étais l‘enfant la plus triste de Tasmanie à ce moment précis. Et dès que je pensais à ma famille, dès que je visualisais tout l‘amour que l‘on me porte à des kilomètres de là, je repartais de plus belle, nettoyant la cour à grand jet d’eau en même temps que les éclaboussures de bouse séchée sur mon visage à chaudes larmes. 

La petite Fanette qui n‘a pas serré d‘humain contre elle depuis des mois. La petite Fanette qui n‘a pas sentie l‘odeur de sa mère depuis une éternité. Comme quoi, on peut avoir 30 balais passés, être à l‘autre bout du monde et toujours avoir autant besoin des bras de sa maman. J‘en menais pas large debout dans la cour de la ferme en cette pluvieuse matinée du 12 mai !

Aujourd‘hui, c’est bien un jour comme les autres, je suis toujours là où j‘ai décidé d‘être en train de faire ce que j‘ai décidé de faire. Bruce roupille sur son canapé, je guette l‘existence d‘une éventuelle souris avec laquelle je cohabite en buvant mon café. En France, je ne suis même pas encore née il y a 32 ans! Tout le monde doit être en train de dormir, d‘ailleurs je crois que moi aussi, je vais aller me recoucher. Et puis après tout, ce matin, c‘était pas encore mon anniversaire. Alors on efface. On essuie les larmes de crocodiles, on se tartine la cuisse de crème pour réduire l‘ecchymose et on laisse repartir la petite Fanette. 

En même temps, ça fait du bien de chialer un peu parfois. Pas toujours être forte. Être fort quand on est seul, ça devient un chouïa plus compliqué. Mais tu sais de quoi je parle, n‘est-ce pas ma mamie. Toi aussi, tu comprends le manque d‘une étreinte sincère, d‘une main dans le dos, d‘un regard bienveillant et de mots rassurants. Avec ou sans confinement. Les gens ont découvert pendant quelques semaines le quotidien de personnes physiquement isolées quasiment toute l‘année. 

Comme aujourd’hui, et bien c‘est encore et toujours mon anniversaire, une fois n’est pas coutume, je vais m‘auto-citer dans la lettre !  

„ Etreinte. C’est un mot que j’aime bien. Il y a des mots comme ça, on s’explique pas. Ils nous touchent. Celui-là en particulier. Une étreinte. C’est ni fougueux, ni mou. C’est plein d’amour simple. Comme une pâte qu’on pétrit pour faire à manger pour les siens. Comme une épaule qu’on serre d’une main pour donner une dose de soutien. Un regard qu’on appuie pour s’assurer que l’autre va bien. Quand on fait une bise en déposant complètement ses lèvres sur les joues de quelqu’un. Une étreinte ça te recharge la batterie après une bonne grosse journée de merde. Une étreinte ça dit plus que des mots, ça touche, ça palpe, ça enserre, ça presse contre soi, sein contre sein. Juste les corps qui se transmettent l’un à l’autre leur chaleur respective. Une étreinte c’est une respiration avec quatre poumons. Un souffle chaud entre les tissus des vêtements. Étreinte. A une lettre près on est plus rien. „

Aujourd‘hui, c‘est mon anniversaire. Je sais que tu sais. Tu m‘enverrais une petite lettre dans laquelle tu glisserais une fleur du jardin. Je lirais cette belle écriture qui raconte les aventures de la maisonnée de Gousseauville. Les moineaux sur la terrasse, Blacky et les chats de passage. Les fleurs qu‘il a fallu rentrer dans le garage car une petite vague de gel a pointé le bout de son nez. Tu me raconterais comment j‘ai fais mes premiers pas, là devant la terrasse.

Aujourd‘hui, comme tous les autres jours, je ne suis pas seule. Tu es là, avec moi, les pieds dans la boue, le nez dans le vent. Il y a pas d‘âge pour apprendre à marcher, tomber et se relever. 

Je t‘aime

Ta biquette 

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