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CHÈRE MAMIE #8

UNE VIE DE VACHE

Chère mamie, 

L’hiver est bien là. Hier, après la traite, j’ai pu voir la neige sur les montagnes au loin. Parfois, il gèle si fort la nuit, qu’il nous faut jeter des sots d’eau bouillante sur le matériel avant de pouvoir commencer à traire les vaches. Quand je sors de la salle, une mince pellicule de givre recouvre les près tout autour, on se pèle mais c’est magnifique !

Nous avons maintenant presque fini de tarir les vaches, elles mettront bas pour la plupart d’entre elles à partir de fin juillet. Pour les autres… 

La vie à la ferme n’est pas qu’une carte postale champêtre où les animaux gambadent parmi les herbes hautes. La pluie rend les chemin de terre si boueux que les vaches glissent et se mettent à boiter. Elles ne veulent plus avancer, d’autant qu’elles s’alourdissent, et ça se comprend. Les plus faibles et âgées tombent malades, on les sépare pour leur éviter de faire un trop long chemin jusqu’aux près qui commencent eux à manquer d’herbe. On les nourris à présent avec du sillage, du foin fermenté, c’est très riche. 

J’ai vu deux vaches mourir ce mois-ci. Et ça m’a bouleversé. Elles n’arrivaient plus à se mettre debout, et malgré les efforts de mes collègues qui les ont soulevé avec le tracteur, malgré les visites du vétérinaire, malgré mes caresses, l’eau et le foin que je leur apportais, elles sont mortes devant moi. L’une a agonisé face à moi alors que j’allais chercher les boiteuses, il était trop tard. L’autre, je suis allée la voir avec du grain après une traite et j’ai vu que son état s’était empiré. Elle souffrait. C’était affreux à voir, je pleurais comme une enfant et rien qu’en l’écrivant, les larmes me reviennent. J’ai appelé mon patron et je lui ai demandé d’abréger ses souffrances. Un petit coup de carabine placé entre les yeux plus tard, elle était enfin en paix. Après une vie à brouter de l’herbe, aller à la salle de traite, mettre au monde des veaux aussitôt retirés, et ainsi de suite jusqu’à épuisement total. Elle était enfin en paix et moi je faisais pas la maline. Je me suis demandée si ma consommation de produits laitiers valait le labeur quotidien de toutes ces vaches. Je n’ai pas trouvé de réponse absolue. Mais je crois que réduire la quantité et privilégier la qualité est un bon départ. 

Pourtant je suis dans une ferme où le respect et le bien-être des animaux passent avant toute chose. Mon patron est irréprochable, il aime ses bêtes et son métier. C’est rassurant à voir. Il me dit que partout où il y a du bétail vivant, il y a du bétail mort. C’est la vie à la ferme. 

Voilà, c’est ce que j’ai appris ces derniers jours. Une belle leçon de vie, quand on y intègre la mort comme une partie du tout. 

D’ici une semaine, il n’y aura plus de traite et en attendant le vêlage fin juillet, je partirai me promener sur les routes de l’île, rencontrer les quelques personnes que je connais, celles que je ne connais pas encore et me souvenir de ce que c’est de voyager. 

Prends bien soin de toi ma petite mamie.

Ta biquette 

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