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LACK OF LOVE

Cher toi, 

Il est temps que je parle d’une chose. Une chose que tout le monde connaît, du moins je le crois, mais on en parle pas trop. Un peu par honte et par peur d’être jugée par ceux qui ont oublié ou peut-être même, jamais connu. Je veux parler du manque d’amour. 

Je l’appelle lack of love. C’est dans la langue anglaise que ça me vient naturellement. Sûrement parce que c’est aussi dans cette langue que je le ressens le plus. C’est dans cette langue que je tombe amoureuse, que je fais l’amour, que je me lie à l’autre. C’est aussi dans cette langue que je sens que je suis trop. Trop française, trop jeune pour certains, trop différente, trop voyageuse, trop crazy et sans attaches pour d’autres. Quelque soit l’excès de moi, je finis oubliée, délaissée, ignorée, rejetée. Je suis simplement désaimée. Aussi naturellement qu’ils m’ont aimé.

Chacun à sa façon.

Il me couvre de mots, m’immerge de compliments. Les yeux me dévorent et il secoue la tête en fixant mon corps nu sur le lit qui vient d’accueillir notre étreinte. Il prétend qu’il n’en revient pas, comme si je n’étais pas réelle. Je suis une illusion. Un fantasme. Cela ne va pas durer, ne peut pas durer car je suis en dehors de son monde. Je le sais déjà. A peine les mots d’amour prononcés, alors que les mains rugueuses parcourent encore les rebonds de mes jambes, au fond de moi, je sais. Je sais qu’il ne faudra que quelques jours, allez, quelques semaines peut-être, pour que l’amant sous endorphine qui se tient à côté de moi, oublie. Que je devienne tout à fait un souvenir d’un autre temps, un délire exotique venu d’un autre continent. Que je ne sois plus qu’un fantasme rêvé, celui d’une guerrière solitaire qui parcourent les routes, un moteur de 650cc entre les jambes. 

Je sais que leurs mots sont aussi sincères que brefs. Ils s’autodétruiront dès que j’aurais passé le seuil. 

Et moi je continuerais naïvement de croire que nous nous retrouverons. Qu’ils me pourchasseront jusqu’à ce que je leur appartienne. J’imagine toujours que quelqu’un se battra pour moi. Me suivra et fera changer le cap de ma destination. J’espère à chaque fois que, celle-ci, c’est la bonne. Que ce gars là, il est différent tu vois. Je l’entends dans ses yeux, je le lis sur ses lèvres, je le ressens dans ses doigts sur ma peau. Il me lâchera pas comme ça. Il me laissera pas filer, prendre la fuite. Il forcera les barrages et désamorcera les sabotages. Il se battra car il m’aimera. Mais cela n’arrive pas. Pas une seule fois c’est arrivé. 

The lack of love. Le manque d’amour est une sensation diffuse. Elle se propage dans tous les membres en partant du cœur évidemment. Ce cœur qui aime trop. Trop vite, trop fort et trop souvent. 

The lack of love repend un poison subtil. La paralysie s’insinue dans les replis des tissus musculaires, dans chaque recoin cardio-vasculaire. Un faux mouvement et c’est l’attaque. La panique s’installe, la peur enfouie, qui habite dans l’abysse du ventre, se réveille. Un grondement sourd venu des profondeurs de l’être fais résonner la peur en écho. Elle se cogne aux parois du corps, ricoche jusqu’à faire craqueler la peau sèche. Elle finit par faire éclater les défenses. L’édifice s’effondre doucement, inévitablement. La peur est indifférente. Impitoyable et souveraine, elle règne sur un corps en ruine. Les pensées sont lacérées, la poitrine est défoncée, les organes vitaux sont eux en lambeaux. La peur a pris le contrôle et aucune voix suave, aucun miel et souvenirs d’amour ne pourra la renverser. 

Il n’y a plus que cette conviction qui retentit comme un drapeau noir qui claque au dessus de l’être: I am unloveable. C’est le nouveau mot. Celui qui dit la peur d’être rejetée, celle de ne pas être aimée et de ne pas être aimable par personne, jamais.

Unloveable
L’avez-vous déjà entendu ?

Campement Fitzgerald river National Park – janvier 2022

LACK OF LOVE

Dear you,

It’s time to talk about something. Something, I believe, everyone knows, but no one talk about. Probably because of shame and fear of being judged by those who have forgotten or perhaps even never known. I’m talking about the lack of love.

I call it ‘lack of love’. It is in the English language that it comes naturally to me. Surely because it is also in this language that I feel it the most. It is in this language that I fall in love, that I make love, that I bond with the other. It is also in this language that I feel that I am somehow too much. Too French, too young for some people, too different, too traveler, too crazy and unattached for others. Whatever the excess of me, I end up forgotten, neglected, ignored, rejected. I am simply unloved. As simply as I’ve been loved.

They all have their own way.

He covers me with words, immerses me in compliments. His eyes devour me and he shakes his head staring at my naked body on the bed that has just welcomed our embrace. He pretends he can’t believe it, as if I wasn’t real. I am an illusion. A fantasy. It won’t last, it can’t last because I’m outside his world. I already know it. Barely the words of love spoken, while the rough hands roam the bounces of my legs, deep inside me I know. I know it will only take a few days, alright, maybe a few weeks, for the lover high on endorphin next to me to forget. Until I become completely a memory of another time, an exotic delirium from another continent. Until I become nothing more than a dream fantasy of a solitary warrior who roams the roads with a 650cc engine between her legs.

I know their words are as sincere as they are brief. They will self-destruct as soon as I cross the threshold.

And I would naively continue to believe that we will meet again. That they’ll hunt me down until I’m theirs. I always imagine that someone will fight for me. Will follow me and change the course of my destination. I always hope this one is the right one. That this guy, he’s different you know! I hear it in his eyes, I read it on his lips, I feel it in his fingers on my skin. He won’t let me go like that. He won’t let me slip away, run away from him. He will break through the barriers and stop the sabotage. He will fight because he will love me. But it doesn’t happen. Not once it has happened.

The lack of love. The lack of love is a diffuse sensation. It spreads in all the members obviously starting from the heart. This heart that loves too much. Too fast, too hard and too often.

The lack of love sheds a subtle poison. The paralysis insinuates itself into the folds of muscle tissue, into every cardiovascular corner. One false move and it’s the attack. Panic sets in. The buried fear, which dwells in the abyss of the stomach, awakens. A dull rumble from the depths of the being echoes fear. It bumps into the walls of my body, ricochets inside until the dry skin cracks. Fear ends up bursting the tusks. The building is slowly, inevitably, collapsing. Fear is indifferent. Ruthless and sovereign, it reigns over a body in ruins. The thoughts are lacerated, the chest is smashed, the vital organs are in tatters. Fear has taken control and no sweet voice, no honey and love memories can overthrow it.

There is only this conviction which resounds like a black flag flapping above the soul: I am unloveable. It’s the new word. The one who says the fear of being rejected, of not being loved and of not being lovable by anyone, ever.

Unloveable. Have you ever heard it ?

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LIGNES DE FUITE #2

CHER TOI,

L’autre nuit quelqu’un m’a dit un truc à propos des gens qui partent de chez eux et parcourent les routes, ceux-là qui font leur nid à des kilomètres de là où ils sont nés, ceux qui partent pour ne pas revenir, ou bien rapidement pour les fêtes et faire plaisir. Cette personne m’a dit que l’on partait soit pour fuir, soit pour chercher quelque chose. Quelque chose ou quelqu’un. J’ai pas fait un sondage auprès des nomades, des exilés et expatriés pour leur demander ce qu’ils en pensaient, mais je crois que c’est plutôt bien résumé.

Je crois bien que j’ai pris la fuite. J’ai fui la routine, les chemins tout tracés. J’ai fui les horizons bouchés par les barres d’immeubles, j’ai fui la ville et son rythme effréné. J’ai fui les listes, celle des choses à faire au bureau, celle des courses et puis celle des choses à faire à la maison. J’ai fui certaines relations, j’ai fui les amours déçus et mon cœur pété. Et puis surtout, j’ai fui l’idée d’une vie ordinaire. 

Depuis toute petite, je savais que ma vie serait extraordinaire. Tout simplement parce qu’elle serait comme celle de personne d’autres, celle que j’aurai décidé. C’était juste évident pour moi. Chacun d’entre nous est extra-ordinaire. Il y a tant de possibilités, tant d’options et de vies à vivre! 

L’un de mes livres préférés était celui qui consistait à choisir entre diverses suites entre chaque chapitre, ce qui permettait de decliner à l’infini (ou presque selon le nombre de chapitres et d’options) une histoire qui commençait d’une seule façon. J’étais bouleversée par ce simple fait: une simple décision pouvait changer radicalement la destinée des personnages. L’histoire était une succession de petites décisions entraînant leur lot d’aventures et de péripéties. Fascinant ! Je crois qu’à 10 ans j’avais compris le champ infini de choix qu’offre la vie. A 20 ans cette même pensée me paniquait complètement.

A 30 ans, arrivée à la fin d’un chapitre, j’ai opté pour une suite un peu radicale et j’ai mis les voiles. 

J’ai pas tant fui qu’évité une suite de l’histoire un peu trop attendue, un peu fade pour l’enfant qui n’a jamais cessé de rêver en moi. Je savais bien qu’une carrière, une vie citadine, une maison en banlieue et des vacances à la mer c’était pas fait pour moi. J’y aurais cru au début, je me serais forcée un peu au milieu et puis j’aurais finie l’histoire avec le goût d’inachevé. Je le savais. 

Donc quand j’ai enfin mis mes peurs au placard et mes affaires dans des cartons, quand je suis montée dans l’avion et que j’ai quitté mon continent, j’ai vu le champ immense de l’horizon. Sur ma moto le jour ou depuis ma tente la nuit, quand je zigzague sur les routes ou quand j’observe en silence les étoiles, je vois le monde et son tableau majestueux. Avec passion j’y trace quelques lignes de fuite. 

Ce soir si le ciel me fait chialer, c’est que je suis un peu fatiguée. J’ai beaucoup roulé. J’ai rencontré des gens extra-ordinaires, écouté leurs histoires. Ceux qui se croisent sur les routes éclatées de l’outback australien ont fini de fuir. Ceux qui se parlent autour d’une bière dans les roadhouse, ceux-là savent qu’ils partagent un secret. Celui d’une vraie vie enfin retrouvée, d’un monde à découvrir et d’une nature à admirer. Les voyageurs qui roulent leur bosse sur les chemins en pointillés des cartes, qui chassent les rêves à coup d’adrénaline et qui font de leur quotidien une aventure, ne fuient plus leurs vies d’avant mais cherchent à écrire le chapitre suivant.

A croire qu’il faut se perdre sur les routes pour se trouver. Chaque intersection marquant le début d’une histoire inconnue. Il n’y a ni bonnes ou mauvaises directions, car l’inattendu vaut toujours d’être vécu.

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ET SI LE MOREPORK POUVAIT DANSER

Ce soir tu m’as écrit. Le chant du morepork, pendant que je dînais avec mon patron et sa famille, je l’ai entendu au loin. J’ai d’abord essayé de l’ignorer et puis quelqu’un à table l’a fait remarquer. Et puis on m’a demandé si je savais ce que c’était. A moi, on a demandé si j’avais déjà entendu un morepork chanter! 

Alors je leur ai expliqué. Comment les nuits d’insomnie en Nouvelle-Zélande, je me suis laissée bercer par ces petites chouettes, entre les toiles de ma tente. 

Puis je leur ai expliqué que j’avais été un morepork dans une vie passée.
Que je scandais mes mots par delà les forêts et les mers pour atteindre cet autre drôle d’oiseau. Qui non loin de là, à quelques kilomètres, me renvoyait en échos ce chant harmonieux et rassurant. Je leur ai dis qu’un jour l’une des chouette à perdu la tête. Elle a cru qu’on pouvait chanter en coeur. Elle s’est même mis à penser qu’elle n’avait plus à rester perchée seule parmi les pins, s’envoler et n’être qu’un. Cette chouette là, à trop rêver d’envolée lyrique et de fin romantique, s’est ramassée au pied de son arbre, le bec dans le sable et les quatre plumes à l’air. Fin du chant en solo majeur, trémolo et sortie théâtrale. 

Ce soir tu m’as écrit. J’ai entendu au loin un morepork chanter. C’était juste une chouette. Une banale chouette qui vit sa vie de chouette, à l’affût d’une proie pour dîner qui finira en petit ballot de poils et d’os ratatinés une fois rassasiée. J’ai trouvé cela affligeant de réalité. Et puis j’ai compris et j’ai ris. J’ai compris que j’avais toujours été seule, dans cet univers rêvé, l’interlocuteur parfait. J’ai compris que j’avais projeté au loin, par delà les mers et les forêts, rien d’autre que moi-même. Et j’ai ris. J’ai ris en ramassant les bouts de moi qui jonchaient le sol. Je me suis redressée au pied de l’arbre, j’ai levé le nez vers le ciel étoilé, celui-là qui nous fait rester dans cette partie du monde. Et puis j’ai dansé. Dansé sans regrets, sans peurs. Dansé face au ciel tacheté, les éclats de rires dans la voix, les bras ouverts et le cœur léger. J’ai déployé mes ailes arc-boutées, quelques plumes pétées, plus heureuse que jamais. La vie est là où je l’avais laissée. 

Je t’aimais, 

Fanette 

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CHANCE

Chère mamie,

Voilà bien trop longtemps depuis ma dernière lettre.
Je te parle très souvent dans ma tête.

Je sais que tu t’inquiètes pour moi. Mamie faut pas. 
Tu sais, j’ai jamais été aussi épanouie et si je suis toujours ici, en Australie, c’est que j’y suis comme chez moi. Je me sens juste bien. Je fais les choix que mon instinct me murmure, j’écoute ce que les oiseaux racontent le matin, j’observe les couleurs du ciel le soir après une journée de travail ou sur la moto. Je rencontre les bonnes personnes, celles qui m’apprennent tout ce que je n’avais pas imaginé apprendre un jour. Je ne sais pas de quoi sera fait demain, ni après demain, et cette pensée me rassure. 

Parfois, évidemment je doute, je fatigue. J’ai le vent de face. Et je perds le nord, mon Nord. Et puis mon ventre me dit que je suis toujours dans la bonne direction, de tenir ferme, accrochée à mes rêves. PERSÉVÉRANCE.

Je connais le prix que je paye pour ce bonheur, mamie. Je connais le prix d’une vie à l’autre bout de ceux qui sont ma vie. Je dois choisir entre être libre seule ici ou être entravée chez vous, avec vous. Mon clan, mon sang, ma tribu. Vous qui me manquez tant.

SACRIFICE. Je sacrifie ma famille, mes amis, pour cette vie là, celle ici. je sacrifie les liens d’amour pour la liberté. C’est le seul choix, car une vie à moi, je n’en ai qu’une. Et ça, je sais que tu comprendras. 

Mais lorsque l’on me dit que j’ai de la chance d’être là où je suis, de faire ce que je fais, tu vois mamie, j’ai la rage.
Quand on me dit que j’ai de la chance d’être libre sur cette immense île, de profiter de la nature et des belles choses, j’ai une rage sourde qui gronde dans mes tripes. Celle que j’avais quand je trayais 1000 vaches deux fois par jour dans le froid des heures et des mois durants accompagnée de Bruce le chien.

Quand on me dit que j’ai de la chance de vivre cette vie d’aventure, j’ai une rage silencieuse qui me noue la gorge. Celle que j’avais quand il a fallu prendre mes os cassés en patience et réapprendre doucement à reprendre mon courage à deux mains, remonter sur la moto et poursuivre le chemin. RÉSILIENCE.

A tous ces gens là qui profèrent le mot CHANCE comme une amulette qui les protégerait bien de ne pas avoir à prendre de décisions, à prendre le risque de vivre sans concessions, j’ai envie de leur dire deux, trois mots.

PERSÉVÉRANCE. SACRIFICE. RÉSILIENCE.

On ne voit toujours que ce qu’on a pas et on néglige notre propre chance, celle qui est juste là sous notre nez, cette famille qui est toujours à nos côtés.

A chaque fois qu’ils prononcent le mot chance, je vois ton visage derrière mes paupières. Celui que je reverrais probablement plus jamais. 

Sous mon casque, les larmes amers versées me font goûter le prix de ma liberté.

Mamie je t’aime 
Si fort 

Ta biquette (enragée) 

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OUT/FLASH-BACK

Cher Lucas,

Je sais pas par où commencer tellement il y a de choses à raconter. 

Rien que cette dernière semaine, depuis que j’ai quitté Cairns, ça a duré une décennie. J’ai fait des rencontres improbables, vibré devant les teintes vermeilles et ocres des couchers de soleil de l’outback australien, sué sous la chaleur humide, fuit l’arrivée des pluies et d’un cyclone, traversé des routes inondées, poussé la moto en panne d’essence sous des trombes de flottes à 3 bornes du servo (station essence en Australie).

Depuis Cairns, je suis maintenant arrivée à Mungerannie Hôtel, à 315 kilomètres au sud de Birdsville sur la fameuse Birdsville Track, qui n’est au final qu’une gravel road défoncée par les roues des 4×4. J’ai quitté le Queensland pour l’état du South Australia. De Normanton jusqu’ici, partout, au milieu de nulle part. Tout semble reculé du monde. Des hectares de plaines sans une âme alentours, quelques vaches qui stoppent leur mastication sur mon passage et hésitent à partir au galop au bruit du moteur, des émeus qui s’agitent dans tous les sens sur le bord de la route, et ici et là, un bled avec une station essence, qui fait hôtel, pub, poste, épicerie, garage… l’outback ! 

L’autre jour, j’ai coupé court depuis Cloncurry vers Boulia en évitant la seule grande ville du coin, Mount Isa. Pourtant j’aurai bien eu besoin de me ravitailler en nourriture, en bouteille de gaz mais quand j’ai vu cette petite route couper l’autoroute indiquant ma destination finale du jour, j’ai pas pu m’empêcher. Tant pis pour les courses. J’ai roulé sur cette route mi bitume mi dirt pendant quelques heures, au milieu des plaines, des collines et de la végétation basse et touffue. Certains passages étaient coupés par les rivières à cru qui enjambaient la voie et je prenais un plaisir particulier à couper le courant avec mes roues, ouvrir une brèche dans l’eau et éclabousser tout autour de moi. C’est toujours un peu la surprise, la chaleur fait miroiter à l’horizon des plaques d’huile sur le bitume, et parfois je réalise à la dernière seconde qu’il s’agit bel et bien d’une grande flaque d’eau qui stagne sur la chaussée, une fois j’ai bien failli me vautrer en arrivant comme une flèche dans l’une d’elle. Je profitais donc du paysage, de la solitude, la route pour moi et j’écoutais une playlist de tubes des années 2000. Ne me juge pas. Seul celui qui roule des heures et des heures durant sur des lignes droites australiennes peut comprendre le désespoir musical dans lequel tu te retrouves parfois pour stimuler ton cerveau endormi. Bref, je m’époumonais joyeusement dans le casque quand d’un coup des larmes me sont venues des entrailles de l’enfance. La musique avait convié la gamine pré-adolescente que j’étais alors en 2000.  

J’étais en 6 ème 2 et ma professeur principale s’appelait, disons, Mme G. Je venais à peine de commencer le collège et mon père, ma sœur et moi avions emménagé avec sa nouvelle compagne et ses enfants. Je peinais à suivre le rythme en cours et peu de temps plus tard, nous allions nous apercevoir que je n’y voyais pas à 3 mètres sans une paire de lunettes. Mme G, lors d’une rencontre parent-prof avait demandé à ma mère si tout allait bien à la maison, qu’elle me trouvait très sombre, peut-être même déprimée, mais je ne saurais pas dire les termes exactes avec lesquels elle s’était exprimée auprès de ma mère à l’époque. Ma mère avait été très surprise de cette question car elle me savait complètement délurée à la maison, à courir et débiter des âneries sans arrêt.  Mais moi je savais. Je savais que le collège marquait la fin de l’enfance. Je l’ai su dès les premiers jours, quand dans la cour de récré, un garçon est venu me demander la marque de mon manteau, prétendant vouloir s’acheter le même et ricanant avec sa bande de potes tandis qu’il agrippait déjà l’étiquette de ma doudoune toute neuve des aubaines de La Redoute. Je l’ai su quand dans les couloirs j’ai entendu les jolies filles se moquer des laidrons, vu les garçons faire les minauds pour impressionner les jolies filles et les laidrons raser les murs pendant les cours d’EPS priant pour que la prof les oublient. J’ai su, inconsciemment, que ça allait être une longue attente avant de pouvoir être à nouveau soi. Et à cela allait s’ajouter très rapidement la fixation obsessionnelle des adultes avec l’idée de carrière, de réussite et de résultats scolaires, leur besoin absurde de déterminer qui veut faire quoi à coup de questionnaires d’orientation – in situ – qui veut être qui. Et là mes gamins, faut pas se louper, parce que c’est pour toute la vie ! 

Vers 11 ans, quelque chose dans le fond de ma poitrine encore un peu chétive et pas formée, s’est brisé.  Mais parce que le pouvoir de l’enfance est une chose incommensurable, j’ai navigué comme tout autre dans le brouhaha du collège. J’ai fait mon bout de chemin… jusqu’aux crises d’angoisse au beau milieu des cours, dans le bassin de la piscine, sur la piste cyclable en allant au lycée. Migraines et maux de ventres sur les bancs de l’université, crise de panique et spasmophilie en pleine conférence. 22 ans, étudiante et dépressive. Angoissée de la vie même. Persuadée d’être bonne à rien et incertaine sur tout. Le fruit parfait d’une génération estampillée label « réussite ». Quand il faut fissa cocher la case de qui l’on veut devenir et qu’on ne nous a pas même laissé juste être. Le fruit se gâte sous la pression, j’ai craqué. 

J’étais donc sur ma moto, beuglant des bribes de paroles un peu ringardes, mais dans cette chanson c’était tout ça qui résonnait. Car la musique est toujours ce qui accroche en toi le précieux, le caché, ce qu’ils n’auront pas de toi, ton intimité. Et sur cette moto, au beau milieu de fucking nowhere dans l’outback australien, à 20 000 kilomètres d’où je viens, c’est cette Fanette de 11 ans qui chantait comme une cinglée. 

Tout ce que je te raconte là, c’est une seconde à peine. Et quand j’ai entendu dans ma voix cette gamine encore prépubère crier la vie et la simplicité du bonheur, j’ai éclaté. De grosses larmes chaudes ont roulé sous la visière. Quelque chose hors du temps venait de se passer. A 32 ans, le cul sur la bécane, ne souhaitant pas être ailleurs, ni faire autre chose en cet instant précis, la brisure venait d’être colmatée. J’ai senti cette faille s’emplir avec une immense douceur. La sensation d’avoir tenu les promesses qu’enfant je m’étais faites et que la vie telle que l’on nous l’apprend, m’avait fait oublier. 

Oser. Oser sans avoir peur de demain. 
Être. Être sans chercher à devenir quelqu’un. 
Chanter. Et puis aimer … car aimer c’est ce qu’il y a de plus beau ! Aimer c’est monter si haut ! Ahahaha ! 

J’espère que tu vas bien,

Je t’aime 

Fanette 

RESPIRATION

Chère Étoile,

Quand j’étais plus jeune, j’avais parfois du mal à respirer. Ça a commencé la dernière année de lycée. Dans le bassin de la piscine municipale, un jour j’ai perdu mon souffle et il m’a fallu presque dix années pour le retrouver. 

Une autre fois, j’étais comme à mon habitude, tout à fait en retard pour le premier cours de la journée et il me fallait tracer à vélo le trajet de trente minutes en quinze, à peine assise au bureau vide de ma classe, que j’ai perdu mon souffle à nouveau. Et devant tout le monde, la crise a commencé. 

Alors oui, tu me diras que j’étais dans ces deux situations littéralement à bout de souffle, épuisée par un effort physique. C’est pas faux. Mais il y avait autre chose. Lorsque ma respiration semblait ne plus vouloir fonctionner normalement, que mes poumons hyper-ventilaient, à la recherche d’oxygène, et que la panique inondait mes yeux, c’était un vide immense qui alors entrait en moi et prenait possession de mon corps. Chaque crise était suivie d’un accès de larmes puis d’une extrême fatigue. Elles se sont rapprochées et intensifiées. Ma mère était un peu désemparée et m’a envoyée chez notre docteur généraliste, le bon vieux médecin de famille qui nous administrait nos vaccins depuis gamines. Il m’a placidement informée que mes crises dites de spasmophilies étaient psychosomatiques et m’a prescrit du Xanax. J’avais dix-huit ans. 

Pendant plusieurs années, l’idée même de ne pas avoir sur moi, dans mon sac à dos ou dans une poche de mon manteau un anti-anxiolytique, m’angoissait terriblement. Le remède était devenu la cause! J’étais persuadée que sans ce petit cachet blanc, je ne pouvais pas surmonter les crises et j’avais beau savoir que ma psyché m’envoyait un message et qu’il me fallait l’écouter, j’étais complètement choquée par la violence avec laquelle je pouvais perdre le contrôle sur une chose aussi simple et essentielle, LA RESPIRATION. 

J’étais déconnectée de mon corps, trahie par lui. Si bien qu’un jour, âgée de 22 ans et supposée vivre ma meilleure vie d’étudiante Erasmus à Berlin, au beau milieu d’une conférence littéraire, la crise est devenue tétanie. Je n’arrivais plus à utiliser les muscles de mon visage et de mes mains. Suivant les borborygmes que je lançais, un ami a sorti de mon sac ce qu’il croyait être LE cachet. La crise s’est rapidement arrêtée et je suis allée me coucher. J’ai plus tard réalisé qu’il s’était trompé dans les tablettes et qu’il m’avait donné un pansement gastrique pour les brûlures d’estomac… Ô quelle joie de réaliser cette erreur et son effet placebo! J’étais libre. J’étais capable de reprendre le contrôle. Mais pour cela il me fallait laisser aller. Accepter la blessure. Demander de l’aide. 

Après de nombreuses tentatives et échecs pour me soigner, j’ai finalement entamé un travail psychologique de fond avec une professionnelle. Et puis en parallèle, j’ai découvert la pratique du yoga et de la méditation. Dix ans plus tard, j’entrais dans une nouvelle salle de classe qui allait me permettre de retrouver la respiration perdue. La salle de Yoga d’Étoile Chaville. 

Merci Étoile 

Fanette

***

Voyage intérieur

Note aux lecteurs: ce texte a été écrit à la suite d’une toute récente session de yoga et de méditation en ligne avec Étoile Chaville, professeure de yoga, comédienne et danseuse professionnelle basée à Berlin. Si ces écrits n’ont a priori pas de lien avec mon voyage à moto en Australie, ils y sont pourtant essentiellement liés. Après plusieurs mois d’inactivité sur ce blog, les coachings en direct d’Étoile me permettent non seulement de reconnecter – littéralement – avec des éléments positifs de ma vie passée berlinoise, mais aussi de renouer avec l’écriture. Les sujets abordés dans ces lettres sont ceux abordés lors du séminaire, j’aborde des thématiques extrêmement personnelles de mon passé, qui me font réaliser tout le chemin parcouru qu’il soit intérieur ou sur les routes !

LA VAGUE

Chère Étoile,

Aujourd’hui on a parlé d’émotion.

éMOTion. On a mis des mots sur ce qui bouge là-dedans, sur ce qui remue dans nos entrailles. 

éMOTION. On a mis en mouvement notre respiration pour immobiliser le tumulte. Le mot lui-même a sa propre énergie motrice, cette impulsion qui le tire vers l’avant. 

Souvent l’émotion me bouleverse tellement qu’elle me fige. Tout se passe à l’intérieur. D’abord une petite vague dans l’horizon, juste une ondulation à la surface de l’eau. Puis la vague se rapproche, gonfle, l’écume crépite ici et là. Et vient le rouleau. Celui qui m’aspire contre mon gré et me submerge. Je m’agite, je me débats pour m’en éloigner mais je ne suis déjà plus qu’un ridicule pantin de bois dans l’océan qui m’entoure. La vague me prend, m’embrasse et me jette dans son sein. Plus moyen de savoir le ciel, de la terre, le nord du sud, tout est sens dessus dessous. Jambes par dessus tête. J’ai le cœur en tambour. Noyée. 

Ou pas tout à fait. Car la vague n’a pas finit son boulot de vague. Elle continue sa course inlassable, son va et vient de Sisyphe aquatique – juste pour la référence qui fait bien. Je suis projetée, claquée, rejetée. La vague semble me dire qu’elle s’était trompée. Je ne devais pas être à son goût car elle m’a recrachée vers la plage. Du sable jusque dans le slip, j’essuie un filet de morve d’un revers de la main et écarte la masse de cheveux plaquée en travers de mon visage. Le cul dans l’eau, je regarde la mer et son roulis perpétuel. J’ai pris la tasse mais je SUIS bien là. 

Le souffle court et la gorge qui brûle, l’émotion s’est emparée de moi pendant un instant. Un instant si court. Celui d’une vague qui se soulève et s’enfonce à nouveau. Une parmi toutes les autres et qui ne cessent jamais. L’air s’est engouffré dans les poumons, la respiration a retrouvé son cours, l’oiseau prisonnier de la cage thoracique a cessé de s’affoler et je laisse la fatigue me dicter. Alors je m’allonge complètement, j’abandonne mon corps au sol et je ris. Je suis BIEN là. 

Merci la vie. Sans émotions, nous ne serions que des coquillages vides, des corps non habités. Désincarnés. 

Fanette

CORPS TROU NOIR

Cher.es vous, 

Je vous écris ces quelques mots. Mes mots de ventre comme je les appelle. Voilà 7 ans que la nourriture a commencé à devenir compliquée. Quelque chose de simple, d’essentiel, d’incontournable et de si socialement important est devenu un fardeau. Manger. 

J’ai d’abord commencé par des fringales sans fin, des gueuletons sans faim, jusqu’à des orgies maladives de nourriture. Jusqu’à saturation de mon estomac. Ma bouche était l’entrée d’un puits sans fond. Le corps trou noir. J’attirais à moi les éléments, engloutissait les aliments, tout semblait se perdre à l’intérieur de moi. Se désintégrer. Besoin d’exister. 

Les conséquences ont été directes.

Prise de poids, dégradation de la santé digestive, problèmes de peau, d’humeur, intolérances alimentaires… Je m’intoxiquais avec ce qui était pourtant vital. Je me noyais dans un plaisir qui s’autodétruisait à peine passées les portes de mes dents. J’avais perdu définitivement le contrôle d’une chose qui se faisait si bien en pilotage automatique auparavant. Et puis vient le regard des autres, la norme des corps, le tabou fait sur le gras. Leurs mots : “tu as un bon coup de fourchette”,  “ah tu as bien profité des schnitzels en Autriche”, “j’imagine qu’on boit de la bière à la place de l’eau en Allemagne”… 

Reprise de contrôle. Peser, noter. Tous les jours. 

Faire du sport, se regarder des heures dans le miroir et traquer les imperfections. Jamais assez bien. Jusqu’à la prochaine crise. Et l’angoisse d’avoir fait tout ces efforts pour rien. Alors vient la solution. La crise devient réversible quand on enfonce quelques doigts dans la bouche. Plus traces du carnage. Plus de preuves, plus de culpabilité. Le plaisir de se remplir, sans la douleur de s’appesantir. Rester légère. 

Perfection. 
J’avais creusé mon trou noir en dedans. 
Je visais la perfection. 

Car sans cela, personne ne pourrait m’aimer. 

Et puis un jour, j’ai décidé de consulter. Je voulais en finir avec ce mal-être omniprésent. Abolir l’impératif de perfection. Et si je suis sortie gagnante du premier round, je sais que mon rapport à la nourriture sera toujours complexe. Que c’est un combat permanent.

Celui d’apprendre à s’aimer. Accepter son passé. Ne plus chercher à contrôler la vie. Embrasser le chaos et faire de son corps une constellation d’expériences. Parce qu’il est nous. Parce qu’il EST la vie. Parce que notre ventre est l’émotion. 

Merci de recueillir mon bout de bataille. Je sais que nous sommes nombreux.ses. à nous battre avec nos monstres, à nous débattre avec nos maux.  Et parler, exprimer, est le premier uppercut asséné! 

Fanette 

DES ORDRES ALIMENTAIRES

Cher… cher qui? 

Aujourd’hui, je ne sais pas à qui adresser mes mots de ventre.
J‘ai la nausée, je suis comme coupée de mon corps. C’est ce qui arrive quand je fais une crise. Une crise, c’est lorsque je suis si vide et fatiguée, que je m’emplis, je tasse les aliments au fond de mon estomac, j’engloutis le monde extérieur. Ma tête dicte les ordres, mon corps-machine se plie, s’étend sous l’impératif. 

Depuis que je voyage, ces moments s’espacent. Et tant mieux. Mais parfois rien n’y fait, je n’arrive pas à y échapper, je reste dans le creux d’une vague et je tombe. Je tombe en moi-même comme dans un trou. Mes doigts s’accrochent avidement à la nourriture pour amortir la chute, combler le vide. Et je décide de ne plus contrôler. Excessivement. Consciencieusement m’empoisonner le corps. Jusqu’à la nausée. Jusqu’à en être malade, dans un état second, un coma. Certains appellent ça l’hyperphagie. Je me suis dit que quels que soient les mots pour le nommer, il était temps pour moi de juste en parler. 

Bref. Si je sais que demain ira mieux, que j’aurai repris le dessus et que la crise sera partie, je sais aussi qu’il faut que je la saisisse comme une occasion pour m’en libérer. L’attraper au vol tant qu’elle est là, l’écarteler et lui observer les entrailles puis la jeter loin, jusqu’à la prochaine. Et peut-être qu’à force, elles me fouteront la paix, ces garces de crise. 

Une crise, c’est quand une sensation intrinsèque de vide me torpille le ventre et qu’une immense faim de vie, de chaire, de sens s’agrippe à ma gorge. Quand je me sens SEULE. Et que personne ne peut rien y changer. Quand l’abondance de nourriture compense le manque de sécurité, le manque de confort et le manque émotionnel. 3 en 1! Qui ne serait pas tenté d’y goûter ?

J’ai alors envie de tout envoyer balader, de ne plus parler à personne, de rentrer en moi-même comme sur une île, de m’entourer de rien, et de me remplir de tout. 

Sur la moto, je vacille. Je suis sur un fil. En dehors de mon corps, je regarde ces paysages qui la veille encore me faisait sourire bêtement. 

Je n’ai plus envie de rien. J’ai avalé le monde et sa nourriture. Et Tout m’écœure.
La digestion est maintenant ma punition et tenter de me libérer du fardeau que j’ai sur l’estomac serait une trompeuse satisfaction. Je le sais, j’ai déjà essayé et le vide s’est agrandi. Alors à choisir, je préfère me libérer du poids que j’ai sur le cœur, taper ces maux sur l’ordinateur et partager avec vous ce dont peu de gens parlent. Ces désordres. Des ordres alimentaires.

Et à bien y réfléchir, il y a bien une personne à qui je pourrais adresser cette lettre. Celle-ci comme toutes les précédentes d’ailleurs.

Au Dr. Scheffzcyk. Merci.
Merci car sans vous je n’écrirais pas ces lignes qui me font tant de bien.


SAD & ANGRY

Chère Tara,

Je t’écris dans ma tête pendant que je roule.
Je regarde d’un petit coup d’œil furtif le paysage qui défile sur le côté, entrecoupé par les arbres qui bordent la route. 

Je te parle sans arrêt depuis mon casque. Depuis hier ça n’arrête pas. J’essaye de rester concentrée au cas où un roo saute devant mes roues. J’imagine que c’est pas pour rien que cette île s’appelle l’île du kangourou – Kangaroo Island. Mais pour l’instant je devine surtout leur présence en nombre au fumet odorant dégagé par les carcasses abandonnées. Divin. Il me faut aussi zigzaguer entre les lézards et les trous dans la chaussée, les bandes sableuses, les corrogations qui font valdinguer tout mon fatras. Mais je ne vais pas te raconter ce que c’est que de rouler à moto, ici, en Australie. Parce que s’il y a bien quelqu’un qui en sait quelque chose. C’est toi, Tara.

Tu as été la première à m’accueillir chez toi, les portes du garage et tes bras ouverts quand après mes deux premières journées de voyage à moto, j’étais désespérée par mon manque d’organisation. Mes bagages foutaient le camp par dessus la selle, je perdais mes affaires en route, me perdait moi sur les routes que le gps tentait vainement de me faire éviter. Mon tout premier jour de roadtrip fut un désastre et j’étais ravie de venir m’échouer chez toi, comme un navire estropié rentrant au port, te faire rire avec le récit de mes péripéties, début d’une longue suite! Tu m’as fait découvrir cette communauté de femmes motardes fanas d’aventures et de tout terrains, ce groupe dont je fais maintenant partie depuis plus d’un an, WARA, les Women Adventure Riders of Australia. Depuis notre rencontre, brève et intense comme toutes les rencontres sur la route, lorsque les personnes sont unis par une même passion, tu n’as cessé de me soutenir et de m’encourager. 

Quand je t’ai rencontré, j’ai tout de suite reconnu ce regard, ce sourire, ils sont ceux des gens bienveillants, un peu fous et surtout très amoureux de la vie. 

„I have been very sad and angry. But I can’t change this so I need to fight and enjoy what time I’ve got left.” 

Ce sont les mots que tu m’as écris, Tara, quand tu as appris que ton cancer avait repris le dessus et qu’il était incurable. Sad and angry. C’est aussi ce que je ressens en apprenant que tu es partie. En te relisant et copiant à mon tour ces quelques phrases, je ne peux réfréner la vague qui m’envahit. Rouleau de sentiments. Écume d’amour. Je suis touchée par ta beauté. Vaincue par ta résilience. Je garderais ces mots échangés avec toi comme une amulette magique.

Alors que je te parlais sur la moto, j’ai perdu le cap de ma destination et j’ai atterri dans un endroit plus beau et plus sauvage encore que celui que je visais. Je crois bien que tu as guidé mes roues. 

Je t’écris depuis ma tente en regardant les étoiles qui filent. 
Étoiles à l’éclat de toi. Clin d’œil depuis le ciel. 

Je n’oublierai ni ta force, ni ta fragilité. 
Je n’oublierai ni ta grande gentillesse, ni ta douce folie. 
Je ne t’oublierai pas, Tara. 

Fanette 

Photos prises par Tara Lee @happyasmoto via Instagram 

***

Mes pensées et sincères condoléances à la famille de Tara, à sa maman et son partenaire.

A la mémoire de Tara, donations possibles pour le département d’oncologie de Northeast Health: https://www.givenow.com.au/nhw

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