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LACK OF LOVE

Cher toi, 

Il est temps que je parle d’une chose. Une chose que tout le monde connaît, du moins je le crois, mais on en parle pas trop. Un peu par honte et par peur d’être jugée par ceux qui ont oublié ou peut-être même, jamais connu. Je veux parler du manque d’amour. 

Je l’appelle lack of love. C’est dans la langue anglaise que ça me vient naturellement. Sûrement parce que c’est aussi dans cette langue que je le ressens le plus. C’est dans cette langue que je tombe amoureuse, que je fais l’amour, que je me lie à l’autre. C’est aussi dans cette langue que je sens que je suis trop. Trop française, trop jeune pour certains, trop différente, trop voyageuse, trop crazy et sans attaches pour d’autres. Quelque soit l’excès de moi, je finis oubliée, délaissée, ignorée, rejetée. Je suis simplement désaimée. Aussi naturellement qu’ils m’ont aimé.

Chacun à sa façon.

Il me couvre de mots, m’immerge de compliments. Les yeux me dévorent et il secoue la tête en fixant mon corps nu sur le lit qui vient d’accueillir notre étreinte. Il prétend qu’il n’en revient pas, comme si je n’étais pas réelle. Je suis une illusion. Un fantasme. Cela ne va pas durer, ne peut pas durer car je suis en dehors de son monde. Je le sais déjà. A peine les mots d’amour prononcés, alors que les mains rugueuses parcourent encore les rebonds de mes jambes, au fond de moi, je sais. Je sais qu’il ne faudra que quelques jours, allez, quelques semaines peut-être, pour que l’amant sous endorphine qui se tient à côté de moi, oublie. Que je devienne tout à fait un souvenir d’un autre temps, un délire exotique venu d’un autre continent. Que je ne sois plus qu’un fantasme rêvé, celui d’une guerrière solitaire qui parcourent les routes, un moteur de 650cc entre les jambes. 

Je sais que leurs mots sont aussi sincères que brefs. Ils s’autodétruiront dès que j’aurais passé le seuil. 

Et moi je continuerais naïvement de croire que nous nous retrouverons. Qu’ils me pourchasseront jusqu’à ce que je leur appartienne. J’imagine toujours que quelqu’un se battra pour moi. Me suivra et fera changer le cap de ma destination. J’espère à chaque fois que, celle-ci, c’est la bonne. Que ce gars là, il est différent tu vois. Je l’entends dans ses yeux, je le lis sur ses lèvres, je le ressens dans ses doigts sur ma peau. Il me lâchera pas comme ça. Il me laissera pas filer, prendre la fuite. Il forcera les barrages et désamorcera les sabotages. Il se battra car il m’aimera. Mais cela n’arrive pas. Pas une seule fois c’est arrivé. 

The lack of love. Le manque d’amour est une sensation diffuse. Elle se propage dans tous les membres en partant du cœur évidemment. Ce cœur qui aime trop. Trop vite, trop fort et trop souvent. 

The lack of love repend un poison subtil. La paralysie s’insinue dans les replis des tissus musculaires, dans chaque recoin cardio-vasculaire. Un faux mouvement et c’est l’attaque. La panique s’installe, la peur enfouie, qui habite dans l’abysse du ventre, se réveille. Un grondement sourd venu des profondeurs de l’être fais résonner la peur en écho. Elle se cogne aux parois du corps, ricoche jusqu’à faire craqueler la peau sèche. Elle finit par faire éclater les défenses. L’édifice s’effondre doucement, inévitablement. La peur est indifférente. Impitoyable et souveraine, elle règne sur un corps en ruine. Les pensées sont lacérées, la poitrine est défoncée, les organes vitaux sont eux en lambeaux. La peur a pris le contrôle et aucune voix suave, aucun miel et souvenirs d’amour ne pourra la renverser. 

Il n’y a plus que cette conviction qui retentit comme un drapeau noir qui claque au dessus de l’être: I am unloveable. C’est le nouveau mot. Celui qui dit la peur d’être rejetée, celle de ne pas être aimée et de ne pas être aimable par personne, jamais.

Unloveable
L’avez-vous déjà entendu ?

Campement Fitzgerald river National Park – janvier 2022

LACK OF LOVE

Dear you,

It’s time to talk about something. Something, I believe, everyone knows, but no one talk about. Probably because of shame and fear of being judged by those who have forgotten or perhaps even never known. I’m talking about the lack of love.

I call it ‘lack of love’. It is in the English language that it comes naturally to me. Surely because it is also in this language that I feel it the most. It is in this language that I fall in love, that I make love, that I bond with the other. It is also in this language that I feel that I am somehow too much. Too French, too young for some people, too different, too traveler, too crazy and unattached for others. Whatever the excess of me, I end up forgotten, neglected, ignored, rejected. I am simply unloved. As simply as I’ve been loved.

They all have their own way.

He covers me with words, immerses me in compliments. His eyes devour me and he shakes his head staring at my naked body on the bed that has just welcomed our embrace. He pretends he can’t believe it, as if I wasn’t real. I am an illusion. A fantasy. It won’t last, it can’t last because I’m outside his world. I already know it. Barely the words of love spoken, while the rough hands roam the bounces of my legs, deep inside me I know. I know it will only take a few days, alright, maybe a few weeks, for the lover high on endorphin next to me to forget. Until I become completely a memory of another time, an exotic delirium from another continent. Until I become nothing more than a dream fantasy of a solitary warrior who roams the roads with a 650cc engine between her legs.

I know their words are as sincere as they are brief. They will self-destruct as soon as I cross the threshold.

And I would naively continue to believe that we will meet again. That they’ll hunt me down until I’m theirs. I always imagine that someone will fight for me. Will follow me and change the course of my destination. I always hope this one is the right one. That this guy, he’s different you know! I hear it in his eyes, I read it on his lips, I feel it in his fingers on my skin. He won’t let me go like that. He won’t let me slip away, run away from him. He will break through the barriers and stop the sabotage. He will fight because he will love me. But it doesn’t happen. Not once it has happened.

The lack of love. The lack of love is a diffuse sensation. It spreads in all the members obviously starting from the heart. This heart that loves too much. Too fast, too hard and too often.

The lack of love sheds a subtle poison. The paralysis insinuates itself into the folds of muscle tissue, into every cardiovascular corner. One false move and it’s the attack. Panic sets in. The buried fear, which dwells in the abyss of the stomach, awakens. A dull rumble from the depths of the being echoes fear. It bumps into the walls of my body, ricochets inside until the dry skin cracks. Fear ends up bursting the tusks. The building is slowly, inevitably, collapsing. Fear is indifferent. Ruthless and sovereign, it reigns over a body in ruins. The thoughts are lacerated, the chest is smashed, the vital organs are in tatters. Fear has taken control and no sweet voice, no honey and love memories can overthrow it.

There is only this conviction which resounds like a black flag flapping above the soul: I am unloveable. It’s the new word. The one who says the fear of being rejected, of not being loved and of not being lovable by anyone, ever.

Unloveable. Have you ever heard it ?

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