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LIGNES DE FUITE #2

CHER TOI,

L’autre nuit quelqu’un m’a dit un truc à propos des gens qui partent de chez eux et parcourent les routes, ceux-là qui font leur nid à des kilomètres de là où ils sont nés, ceux qui partent pour ne pas revenir, ou bien rapidement pour les fêtes et faire plaisir. Cette personne m’a dit que l’on partait soit pour fuir, soit pour chercher quelque chose. Quelque chose ou quelqu’un. J’ai pas fait un sondage auprès des nomades, des exilés et expatriés pour leur demander ce qu’ils en pensaient, mais je crois que c’est plutôt bien résumé.

Je crois bien que j’ai pris la fuite. J’ai fui la routine, les chemins tout tracés. J’ai fui les horizons bouchés par les barres d’immeubles, j’ai fui la ville et son rythme effréné. J’ai fui les listes, celle des choses à faire au bureau, celle des courses et puis celle des choses à faire à la maison. J’ai fui certaines relations, j’ai fui les amours déçus et mon cœur pété. Et puis surtout, j’ai fui l’idée d’une vie ordinaire. 

Depuis toute petite, je savais que ma vie serait extraordinaire. Tout simplement parce qu’elle serait comme celle de personne d’autres, celle que j’aurai décidé. C’était juste évident pour moi. Chacun d’entre nous est extra-ordinaire. Il y a tant de possibilités, tant d’options et de vies à vivre! 

L’un de mes livres préférés était celui qui consistait à choisir entre diverses suites entre chaque chapitre, ce qui permettait de decliner à l’infini (ou presque selon le nombre de chapitres et d’options) une histoire qui commençait d’une seule façon. J’étais bouleversée par ce simple fait: une simple décision pouvait changer radicalement la destinée des personnages. L’histoire était une succession de petites décisions entraînant leur lot d’aventures et de péripéties. Fascinant ! Je crois qu’à 10 ans j’avais compris le champ infini de choix qu’offre la vie. A 20 ans cette même pensée me paniquait complètement.

A 30 ans, arrivée à la fin d’un chapitre, j’ai opté pour une suite un peu radicale et j’ai mis les voiles. 

J’ai pas tant fui qu’évité une suite de l’histoire un peu trop attendue, un peu fade pour l’enfant qui n’a jamais cessé de rêver en moi. Je savais bien qu’une carrière, une vie citadine, une maison en banlieue et des vacances à la mer c’était pas fait pour moi. J’y aurais cru au début, je me serais forcée un peu au milieu et puis j’aurais finie l’histoire avec le goût d’inachevé. Je le savais. 

Donc quand j’ai enfin mis mes peurs au placard et mes affaires dans des cartons, quand je suis montée dans l’avion et que j’ai quitté mon continent, j’ai vu le champ immense de l’horizon. Sur ma moto le jour ou depuis ma tente la nuit, quand je zigzague sur les routes ou quand j’observe en silence les étoiles, je vois le monde et son tableau majestueux. Avec passion j’y trace quelques lignes de fuite. 

Ce soir si le ciel me fait chialer, c’est que je suis un peu fatiguée. J’ai beaucoup roulé. J’ai rencontré des gens extra-ordinaires, écouté leurs histoires. Ceux qui se croisent sur les routes éclatées de l’outback australien ont fini de fuir. Ceux qui se parlent autour d’une bière dans les roadhouse, ceux-là savent qu’ils partagent un secret. Celui d’une vraie vie enfin retrouvée, d’un monde à découvrir et d’une nature à admirer. Les voyageurs qui roulent leur bosse sur les chemins en pointillés des cartes, qui chassent les rêves à coup d’adrénaline et qui font de leur quotidien une aventure, ne fuient plus leurs vies d’avant mais cherchent à écrire le chapitre suivant.

A croire qu’il faut se perdre sur les routes pour se trouver. Chaque intersection marquant le début d’une histoire inconnue. Il n’y a ni bonnes ou mauvaises directions, car l’inattendu vaut toujours d’être vécu.

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4 commentaires sur « LIGNES DE FUITE #2 »

  1. Texte magnifique qui m’a touché en plein cœur. Je viens de poster un article sur la vie de Chris McCandless, et je tombe sur votre article magnifiquement écrit.
    Votre article arrive en pleine remise en question personnelle.
    Merci !

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  2. J’aime bien te lire. Les mots sont justes et puis ça me fait du bien… Le concept de déracinement m’est assez étranger, bien que j’ai les mêmes passions – le rêve, la moto et l’aventure. (d’où le tutoiement) Mais je suis bien vieux maintenant et j’aime rentrer au pays… Cependant partir, partir, on en rêve toujours… Bon vent, Fanette!

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