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CORPS TROU NOIR

Cher.es vous, 

Je vous écris ces quelques mots. Mes mots de ventre comme je les appelle. Voilà 7 ans que la nourriture a commencé à devenir compliquée. Quelque chose de simple, d’essentiel, d’incontournable et de si socialement important est devenu un fardeau. Manger. 

J’ai d’abord commencé par des fringales sans fin, des gueuletons sans faim, jusqu’à des orgies maladives de nourriture. Jusqu’à saturation de mon estomac. Ma bouche était l’entrée d’un puits sans fond. Le corps trou noir. J’attirais à moi les éléments, engloutissait les aliments, tout semblait se perdre à l’intérieur de moi. Se désintégrer. Besoin d’exister. 

Les conséquences ont été directes.

Prise de poids, dégradation de la santé digestive, problèmes de peau, d’humeur, intolérances alimentaires… Je m’intoxiquais avec ce qui était pourtant vital. Je me noyais dans un plaisir qui s’autodétruisait à peine passées les portes de mes dents. J’avais perdu définitivement le contrôle d’une chose qui se faisait si bien en pilotage automatique auparavant. Et puis vient le regard des autres, la norme des corps, le tabou fait sur le gras. Leurs mots : “tu as un bon coup de fourchette”,  “ah tu as bien profité des schnitzels en Autriche”, “j’imagine qu’on boit de la bière à la place de l’eau en Allemagne”… 

Reprise de contrôle. Peser, noter. Tous les jours. 

Faire du sport, se regarder des heures dans le miroir et traquer les imperfections. Jamais assez bien. Jusqu’à la prochaine crise. Et l’angoisse d’avoir fait tout ces efforts pour rien. Alors vient la solution. La crise devient réversible quand on enfonce quelques doigts dans la bouche. Plus traces du carnage. Plus de preuves, plus de culpabilité. Le plaisir de se remplir, sans la douleur de s’appesantir. Rester légère. 

Perfection. 
J’avais creusé mon trou noir en dedans. 
Je visais la perfection. 

Car sans cela, personne ne pourrait m’aimer. 

Et puis un jour, j’ai décidé de consulter. Je voulais en finir avec ce mal-être omniprésent. Abolir l’impératif de perfection. Et si je suis sortie gagnante du premier round, je sais que mon rapport à la nourriture sera toujours complexe. Que c’est un combat permanent.

Celui d’apprendre à s’aimer. Accepter son passé. Ne plus chercher à contrôler la vie. Embrasser le chaos et faire de son corps une constellation d’expériences. Parce qu’il est nous. Parce qu’il EST la vie. Parce que notre ventre est l’émotion. 

Merci de recueillir mon bout de bataille. Je sais que nous sommes nombreux.ses. à nous battre avec nos monstres, à nous débattre avec nos maux.  Et parler, exprimer, est le premier uppercut asséné! 

Fanette 

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2 commentaires sur « CORPS TROU NOIR »

  1. J’ai été très sensible à tes derniers articles qui m’ont beaucoup touché. Je ne doute pas que tu sortiras grandie de tes combats.
    Je ne sais pas pourquoi mais je pensais toujours au bouquin de Mike Horn en te lisant et à «cette « zone de mort » au delà de 7500 mètres, dans les Anapurna, où il ne faut pas rester plus de 20 heures…

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