Je vais vous raconter une histoire Elle est pas particulièrement drôle mais y a pas de quoi faire un drame non plus
C’est l’histoire de quand je vivais mon rêve à la Mad Max sur les routes kiwis Et que 14000 kilomètre plus loin, je me suis vrillée l’épaule La clavicule comme le fond d’un paquet de tuc J’ai bien serré les fesses, me suis mordue la joue et j’ai tenu
Quand l’assurance m’a demandé si rapatriement léger ? J’ai pas faibli, j’ai pas failli J’ai ramassé mes bouts d’os et sans ciller j’ai dit « non merci » Autant crever
Je ne vais pas m’arrêter si près du but Si près de moi même Au trois quart de ma course A mi-chemin
Trois mois à rouler Trois mois à me ressouder Les deux se valent A un moi près
Voyager c’est quoi, si c’est pas ça. Éprouver ses forces, ses propres ressources, en même temps que ses limites et ses faiblesses. Le temps passé le bras dans l’attelle est aussi important que celui passé le cul sur une selle. J’apprends, je m’apprends telle que je suis.
Alors on pourrait se dire: mais quelle égoïste! Hormis ses hauts et ses bas, ses os en tas, rien ne fait le poids. Que nenni mon ami. S’il y a bien une chose que je retiens de tout ce fatras d’aventures, c’est les autres. Ben oui, les autres quoi. Ceux qui sont pas moi. Ceux qui font de leur bras droit une béquille, de leur maison un abris ou de leurs mots un parapluie. Les autres qui ouvrent leurs portes, leurs cœurs, et m’y enserrent comme un meuble miteux mais précieux. Ceux que je ne connaissais pas il y a 6 mois. Je pense à vous et je sens des échafaudages me pousser dans les jambes. Mais pas que! Il y a aussi les autres que je connais déjà. Ceux qui avec de simples messages insèrent des échasses sous mes pieds, ceux qui me disent que je les inspire, alors qu’ils sont ceux qui me font m’expirer, me souffler hors de moi.
A vous, à vous les amis, les inconnus, de ma vie réelle ou du cyber monde, à ceux qui croient en moi plus que moi-même
MERCI
Sans vous, je serais pas plus que le fond d’un paquet de tuc.
Je me demande souvent ce que je fais ici. Je sais ni ce que je peux, ni ce que je veux vraiment. Je marine entre deux eaux, les os rabibochés, la clavicule vissée sévère. Je suis retournée en enfance, je m’émerveille de chaque nouveau mouvement que je peux faire le matin au réveil.
Aujourd’hui, 14 mai 2019, j’ai réussi à me laver les cheveux des deux mains. Super, il n’y a plus qu’à trouver un job et un logement et on lèvera les deux bras en hourra. Aïe. Ben ouais, ça fait mal ça les deux bras levés.
Putain, j’ai pas de patience. Deux mois que je me suis vautrée, la tronche dans les graviers, le bras dans l’attelle et une estime de soi dans les chaussettes. Je pensais avoir fait le plus dur. Mais maintenant que je retrouve ma mobilité, je prends conscience de tous les efforts qu’il va falloir faire. J’ai mijoté à feu doux près de la cheminée de Hansel et Gretel pendant un mois, barboté dans mon jus pendant des semaines et là je suis cuite. Cuite, les gars. Je suis dans une ville, sans un rond, à déposer des CV qui m’ont coûté l’autre bras à faire imprimer couleur. Je sais parler trois langues, faire un cappuccino et raser les fesses d’un mouton. Et pourtant j’ai l’impression de ne pas avoir de place, caméléon patchwork, il y a plus un mur de la ville auquel je sache m’appuyer. Je veux du vert des arbres, du jaune de l’herbe sèche, du rouge des pierres, du noir du ciel sans lumières. Je veux du rouge de ma moto, du vert de ma tente à nouveau. Je veux fuir la ville, partir d’ici. Parce que c’est ce que je sais faire le mieux.
Je suis à 18000 km de chez moi, enfin chez moi, de chez ma famille et de mes amis quoi. Parce que de chez moi, j’en ai plus depuis que j’ai décidé de tout mettre dans des cartons et de prendre un aller simple pour l’autre bout du monde. Autant je regrette pas cette décision, autant il y a des fois, je me demande ce que je fous là. En ce moment plus que d’habitude.
Hier c’était la journée internationale des droits des femmes. Je prends cela comme une invitation à parler enfin de certaines expériences vécues en tant que femme voyageant seule.
Mais nul besoin d’être à l’étranger et de parcourir des kilomètres à moto pour percevoir sa propre vulnérabilité en tant que femme. J’aimerais commencer par le début.
Mon premier voyage, au bout de la rue, j’avais une dizaine d’année. La braderie de Lille, la plus grande d’Europe. J’aimais déjà fouinasser dans les vieilleries et dénicher trésors pour moi, camelotes pour les autres. C’est un dimanche, ça sent la fin, les trottoirs retrouvent petit à petit leur aspect initial et les stands commencent à se vider. Ma mère et ma sœur veulent rentrer, j’insiste pour rester un peu plus, il y a ce magasin de déstockage de vêtements dans lequel je veux aller, double aubaines ! Au bout de plusieurs minutes, je sens un regard persistant me suivre de stand en stand. Une présence prédatrice, un malaise que j’essaye d’ignorer, un mâle que je tente d’éviter. Après avoir remonté toute la rue Gambetta jusqu’à la rue Colbert, celle qui va me conduire ensuite droit chez moi, le regard pesant devient paroles dérangeantes, invitation inhospitalière. Je suis en 6ème2, j’ai 12 ans, je n’ai ni conscience de mon corps ni celle de ma potentielle sexualité. C’est normal, j’ai 12 ans et je suis en 6ème2. Et il n’est pas normal qu’un homme d’âge adulte pose son regard sur un corps ayant à peine commencer sa mue. J’ai peur, je suis honteuse, je me dépêche de rentrer. Bien sûr je ne dirais rien. J’ai peur que l’on me reproche ce qu’il vient de se passer et surtout que cela me prive à l’avenir de cette liberté accordée, celle de marcher seule dans la rue.
Mon premier voyage sur un autre continent, je viens d’avoir 18 ans et mon bac. Mon père me fait le cadeau d’un voyage pour me féliciter de la fin d’une scolarité réussie et le début dans une vie adulte riche en expériences. Déjà un peu solitaire, je ne souhaite pas partir en groupe avec des amis comme ma sœur l’avait fait et décide de partir faire de la randonnée au Maroc avec une agence. Première fois que je prends l’avion, je me retrouve avec un petit groupe de français, couples, famille, femmes divorcées et l’équipe locale de guide, cuisinier et muletiers. Je suis sans filtres, entière et naïve.
Mes amis me voient un peu misanthrope, casanière ou grognon mais j’observe surtout. J’observe les gens, je les comprends, du moins j’essaye. Je trouve toujours quelque chose de beau dans le laid, de l’intéressant dans l’ennuyeux, personne n’est simplement ce qu’il donne à voir, j’ai déjà compris ça. Mais à 18 ans je n’ai pas encore appris à dire non, à protéger l’espace privé de mon corps. Alors que je plaisante avec le cuisinier tout en marchant, il passe un bras sur mes épaules et quelques secondes après une main sur mon sein. C’est bref, si bref que je doute même que ce geste ait eu lieu. Mais je n’ai pas rêvé. Quelqu’un a bien envahit mon intimité, touché ma féminité, sans que je l’y invite. Je n’attends pas longtemps pour en parler au guide, responsable de l’équipe et du voyage. Nous en reparlons le soir même en privé avec le cuisinier qui nie, il a une fille de mon âge, il ne pourrait pas. J’insiste. Je ne mens pas. Il s’excuse, il pleure, il a besoin de ce travail. On passe à autre chose. J’essaye de ne pas laisser cet événement gâcher mon plaisir, je passe ma première nuit à la belle étoile, et quelles étoiles ! Le guide qui prenait ma défense la veille, n’est plus à 3 mètres de mon duvet au réveil. Il est juste derrière moi. Je peux sentir son souffle dans mon cou. Ça et autre chose. Je suis tétanisée, écœurée, je tente de m’éloigner tout en feignant de dormir. Je ne vois pas bien à qui je pourrais me confier maintenant. Et puis ce sentiment encore, qu’au fond peut-être, je suis un peu responsable de tout cela. Quelle idée aussi de vouloir dormir seule sous les étoiles.
Je ne raconterai pas toutes les autres fois, d’ailleurs j’en ai probablement oublié et effacé beaucoup, c’est si banal et courant. Cela va du harcèlement de rue quotidien, à l’agression physique. On finit même par ne plus se souvenir, c’est triste mais c’est mieux comme ça.
J’ai 22 ans, Berlin, je rentre d’une soirée tranquille passée avec une amie, Claire. Mais le temps de traverser cette ville immense, il est déjà tard. Le bus de nuit me dépose loin de chez moi mais loin à Berlin, c’est relatif. Je suis contente de ne pas avoir à marcher pendant une heure. Seulement 30 minutes. 30 minutes c’est pas beaucoup. Sauf quand quelqu’un vous suit. On dit que c’est souvent les derniers kilomètres en voiture les plus dangereux. Ça doit valoir aussi lorsqu’on rentre à pied. A peine quelques mètres me séparent de la cour de mon immeuble. L’ombre que je pouvais nettement distinguer vient de fusionner avec la mienne dans la lumière du réverbère. Je me prépare au pire, je le sentais venir. Une main m’empoigne entre les jambes. Je fait face, tout va vite, il me saisit les poignées, je maintiens un genoux entre nos corps. Je m’entends lui demander en allemand ce qu’il compte faire. J’habite à 10 mètres, que croit-il qu’il va se passer ? Dé-ga-ge. Hau ab. La prise lâche, le regard drogué cligne, je suis à nouveau libre de marcher. Il me suit quelques secondes. Cette fois-ci plus fort, en allemand toujours, ça suffit! Va t’en ! J’arrive à la porte arrière de l’immeuble, fouille mon sac à la recherche de mes clés. Mes mains tremblent, mon cœur s’agite dans ma cage. J’ai été forte et chanceuse. Je pense à ce que je viens d’éviter, ce que vivent plus de 600 femmes par jour dans le monde entier. Lorsque je raconterai cette histoire à mes proches, à mon copain, on me demandera ce que je portais et ce que je faisais à cette heure là dans la rue. Ils ont eu peur, tout comme moi, je suppose.
J’aurai 30 ans dans quelques semaines, j’échappe à la grisaille berlinoise et m’évade pour une dizaine de jours en Grèce. Sac sur le dos, j’ai décidé de me débrouiller avec un petit budget. Je lève le pouce pour me déplacer, j’ai déjà fait, je n’ai pas peur. Je fais de belles rencontres… mais pas que. Je tombe sur mon exception dans ma statistique de la chance et évite de peu encore. J’ai appris à dire stop, à retirer une main non désirée sur ma cuisse, à demander d’arrêter la voiture. De justesse, sur la bande d’arrêt d’urgence, je suis indemne. Du moins c’est ce que je pense. Même cela, ça laisse une trace.
On me demande à chaque fois si je n’ai pas peur toute seule. Des peurs, j’en ai plein. J’ai peur des crocodiles, j’ai peur de perdre ma mère, j’ai peur de vivre avec des regrets. J’en ai eu si souvent que parfois je ne pouvais plus bouger. Bloquer par le manque d’oxygène dans mes muscles, tétanie et spasmophilie. État dépressif, je me croyais faible et fainéante. Je me suis fais la promesse d’arrêter d’avoir peur de la vie.
Alors non, je n’arrêterai pas de marcher seule dans la rue, dans la nuit, Je n’arrêterai pas de porter une jupe ou d’être jolie ou pas, Je n’arrêterai pas de dormir à la belle étoile ou en camping sauvage, Je n’arrêtai pas de marcher, de pédaler, de rouler, de faire confiance, Aux personnes, à mon instinct, Je n’arrêterai pas de sourire, de râler, Je n’arrêterai pas d’être une femme Et encore moins de vivre libre.
F comme Fragile. F comme Forte. F comme Femme.
Je dédie ces quelques mots à toutes celles qui ont souffert un jour, celles qui souffrent tous les jours d’être nées femmes.
A tous ceux qui m’accompagnent, amulettes, gri-gri et autres trucs pratiques.
Petite dédicace a tous ceux qui m’accompagnent en pensées et me suivent sur ce blog. J’ai dans mes bagages des petits trésors, des amulettes en or, des gri-gri de pacotille. Tout un tas de choses bien pratiques mais qui bien plus que des choses, sont des souvenirs de votre amitié quand je suis seule sur ma route. Ma famille, mes amis, mes collègues, mes belles rencontres à vélo, vous êtes dans tout mon farda que j’empile en tétris chaque matin dans les sacoches de Bumblebee.
Il y a Carina dans ma trousse de toilette. Il y a Elke et Kristine dans mes belles poches de rangement au motif de l’atlas. Il y a la Bretagne et tous ceux que j’y ai croisé dans mon badge du FIL de Lorient. Il y a Ralf de Gastes dans le porte clef qui me permet douvrir ma mini glacière. Il y a mon père dans cette glacière ! Il y a encore Ralf dans mon couteau Kershaw, protecteur et ouvreur de boite de conserve. Il y a Olivia et toute la bande de l’Institut dans ma casserole pliable et mon camping gas. Il y a Eugénie, Yoann, Nathalie et Constanze et tous ceux de l’Ambassade dans mes ustensiles de cuisine. Il y a Ninie, ma cousine, accrochée à mon poigné dans mon bracelet en cuir. Il y a sa fille, Valentine, dans la petite bille jaune porte-bonheur. Il y a ma mère dans ma montre, qui me rappelle qu’il est bientôt l’heure de s’arrêter pour monter le camp. Il y a ma frangine, dans mon châle marocain, qui me réchauffe la nuit et dans mes chaussettes paillettes que je mets les jours de fête. Il y a Anne dans ma grande poche en tissu de Turquie où je range papiers et documents précieux. Il y a toute ma famille dans ma GoPro, offerte à Noël dernier. Il y a Héloïse dans ma bouteille d’eau. Il y a Géraldine dans ma compilation de tubes allemands qui est en fait une compilation de bossa nova. Il y a mon père et son marais dans la petite cartouche que j’ai tiré à la carabine après la toute première journée de mon périple à vélo. Il y a Clarisse et Borris dans ma tasse de café fendue, réparée au scotch. Il y a ma grand-mère dans mon gros pull en laine. Il y a Florent dans ce gros livre de science-fiction que je trimballe et que je n’ai pas encore lu. Il y a John de Dunedin dans ce petit livre que je viens de finir. Il y a encore ma mère dans mes chaussettes en laine de chèvre, celles que je porte dans mon sac de couchage, lui-même offert lui par une famille rencontrée sur l’île du sud, car j’avais trop froid la nuit. Il y a Steffi dans mon baume du tigre. Il y a Marie dans ma petite poche de crèmes et de lotions. Il y a Fred le magnifique dans mes huiles essentielles anti-démangeaisons. Il y a Gary dans mon clignotant gauche, dans mon filtre à air et dans l’huile du moteur.
Et puis il y a mon père. Dans tout ce que je fais. Dans ma passion pour la moto. Dans mes erreurs et mon apprentissage, dans mon acharnement à poursuivre ma route, à redresser la machine couchée dans les graviers, à la coucher dans les virages sans avoir peur. Il y a un peu de mon père dans ce garagiste du petit bled à côté qui m’aide à comprendre le bruit du moteur. Il y a nos souvenirs d’enfance avec ma sœur quand un possum vient gratter la toile de ma tente à la recherche de nourriture.
Il y a de tout ça dans mon désir d’aventures, il y a un peu de vous partout où je suis, petit monde que je transporte dans mon baluchon. Quand on nous voit, Bumblebee et moi, ce que l’on ne sait pas, c’est qu’il y a 1000 autres personnes qui voyagent avec nous!
Ces trois étoiles qui ont filées bien trop vite. A peine le temps de faire un vœu. Celui de vivre et d’être heureux. Et fffssss c’est déjà fini. Combien de fois vous m’avez fait chialer.
Toi le byzon, celui qui le premier avec tes gros sabots et ta grande gueule a ajouté le mot amour dans le dico de mon putain de cœur. J’ai le vert de tes yeux amandes en tête, le gras de ton rire dans les tympans. Combien de fois je crois te voir dans les traits, la démarche d’un inconnu le temps d’une fraction d’éternité. Je peux t’entendre d’ici, te foutre de moi et de ma guimauverie, toi que j’ai si souvent vu pleurer. Tu crois que t’es parti mais je te rattrape à chaque Yams gagnant que je fais, à chaque Trappe que je bois, à chaque « pute pourrie » que je crie et à chaque fois que j’ai « les dents du fond qui baignent ». Y a pas à dire, dans le genre poète, t’étais baleze et sous cette casquette au marqueur noir, il y avait une sacrée tête. Toi et moi, on aimait jouer. Mauvaise pioche. Et si on a pas su trouver la carte bonheur dans notre jeu, tu m’auras appris ce que c’est que d’aimer et d’être aimée.
Toi Alkala, celle qui est partie et on a rien compris. C’était quoi ça ? On avait rendez-vous pour un chocolat chaud avant de faire nos derniers achats de Noël. T’avais oublié ? Comme tu as oublié de prendre ton insuline, c’est ça ? Tu portais bien ce surnom de fée. Tu savais comment transformer le triste en drôle et saupoudrer la réalité d’un voile de strass et de paillettes. Échapper à la grisaille de la campagne du nord en plein hiver, boire des cocktails en talons hauts à Malaga. Diamant brute au rire fort, petits yeux noisettes qui voient le beau quand partout on ne remarque que le laid. Si seulement tu avais pu voir toute ta beauté, c’est à la radio que j’entendrais ta voix aujourd’hui et pas juste dans ma tête. Et quand je vais au bout de mes rêves, en laissant mes peurs sur le bas côté, c’est ta force que je sens vibrer, aussi entêtante et pétillante qu’une chanson de Dalida.
Toi, l’amant, l’ami, j’ai pourtant cru qu’on avait quelque chose à faire ensemble. Tu m’as rappelé ce que c’est d’exister dans les bras de quelqu’un. Pour de vrai, sans faire semblant. J’avais 15 ans quand tu me parlais, je ne savais même plus comment je m’appelais. Deux cellules brisées qui colmatent les brèches le temps d’un baiser. Deux paquebots vides au milieu de l’eau, les matelots ont foutu le camp. Trop abîmés pour croire aux conte de fées, tu l’as pourtant sentit toi aussi, ce chatouillement entre les côtes quand nos regards se croisaient, j’ai pas rêvé ? J’avais 15 ans quand tes yeux me regardaient, je savais plus comment je m’appelais et on aurait pu s’aimer. Tu m’as envoyé quelques sms, SOS que je n’ai pas eu le temps de décoder, que tu avais déjà sauté, largué les amarres. Je suis restée sur la plage, à trébucher dans les cailloux avec mes béquilles, le cœur dans le plâtre. On terminera cette histoire à peine commencée dans une autre vie, je te le promets.
Seb, Sophie, Max.
Je sais pas où vous avez filé.
Mais les étoiles qui pétillent dans mes yeux quand mes doigts agrippent la poignée des gazes, c’est vous. Celles que j’observe la nuit depuis mon sac de couchage par la tente entre-ouverte, c’est vous aussi. Quand j’éclate en rires ou en sanglots tant le paysage qui se déroule sous mes roues est BEAU, c’est toujours vous. Car s’il y a une chose que vous m’avez appris, c’est de ne plus avoir peur de vivre. Après tout ce temps, je peux finalement vous laisser partir tranquille, vous réincarner en ficus, en chat ou en dalaï-lama. Vous faites à jamais partie de moi.
Sur ce qu’il s’est passé à Christchurch le 15 Mars 2019
J’aimerais reprendre les mots justes de Marie, qui m’écrit au lendemain des attaques que « la folie est partout, même dans nos rêves. Etre vivant c’est précieux. Se sentir vivre c’est sacré. »
49 vies. C’est 49 fois vous-même. Ce n’est pas juste un nombre. Il faut se méfier des chiffres. Ils deviennent vite insignifiants, ils vident les vies qu’ils désignent de leur humanité.
La stupidité est partout, d’un bout à l’autre du globe. Elle fait dégât et se rappelle a nous dans notre quotidien, ou bien dans nos voyages et nos rêves. Quels que soient les bannières qu’elle brandit, les idéaux qu’elle pense défendre ou la religion qu’elle croit servir, c’est toujours bien elle, implacable et haineuse stupidité, fille de l’ignorance et de la peur.
L’intelligence et la bienveillance sont elles aussi partout, dans la nature et chez les hommes. Je reste plus que consciente de la fragilité et de la beauté de la vie. Je suis plus que reconnaissante de la chance qui m’accompagne depuis le début de ma vie.
Et de la même façon que Marie me souhaite de vibrer à chaque seconde de mon voyage, je vous souhaite de vivre pleinement, en rendant à votre façon, le monde un peu meilleur, chaque jour qui passe.
Je sens que je dois écrire la vibration qui traverse ma poitrine depuis quelques heures.
Cette sensation fragile de bonheur. Une musique pop à la radio pendant que l’on conduit, un bras qui grille au soleil sur le rebord de la fenêtre de la voiture. Le vent qui fait s’agiter les mèches de cheveux. On se croirait le personnage principal d’un film, un roadmovie américain. La route face à soi, la furieuse envie de rouler, de rire et un peu de pleurer en même temps.
Je ne sais pas si vous connaissez ce sentiment. C’est celui que je ressens à chaque départ, petit ou grand. Quand on ne veut pas dire au revoir, quand on est déjà nostalgique de ce que l’on a encore pourtant, pour quelques instants, grains de sable dans le creux de la main qu’on étreint vainement.
Ce sentiment là, lorsqu’on est irrémédiablement attiré par la route, aller voir au bout du soleil et sentir le vent.
Et puis le besoin irrépressible aussi d’enfoncer ses racines dans un lieu qu’on ressent maison, auprès de personnes qu’on aime famille, besoin instinctif et humain de construire dans le temps bâtisses et liens. Je suis fatiguée de trinqueballer mes fondations avec moi, les racines qui me poussent en dedans en attendant que je me fixe.
Mais cette tentation frénétique d’être libre de tous biens matériels, de toute attache, en perpétuel mouvement, le droit d’être qui je veux, l’occasion de pousser sans arrêt la frontière de ses propres capacités, de sa dite identité. Le plaisir de la découverte. Paysages et visages. J’ai faim de rencontres, d’aventures.
Je suis heureuse et triste à la fois. J’aimerais ne jamais quitter les gens et les lieux que j’aime. Je les emmène avec moi, petits grains de sable dans mes paumes de cœur. Au coin de mes paupières, ils m’accompagnent, dans les recoins de mes muscles courbaturés, au fond de ma poitrine, ces lieux et ces personnes qui les habitent, c’est eux qui vibrent et qui palpitent.
On dit souvent « ah si j’avais le temps, je ferais ça, ça, ça… ».
On pense aux choses qu’on aimerait faire, aux personnes qu’on aimerait aller voir, ou aux pays qu’on aimerait visiter mais on a rarement le temps pour tout ça.
Alors comme le temps nous attend pas et que j’ai vu se pointer mes 30 ans sur le pas de la porte, j’ai pris fissa mes rêves à deux mains, mon sac à dos et une petite dose de «yallah, on y va » !
Départ de Berlin – Juin 2018 On met sa vie dans des cartons, on entasse tout d’un utilitaire, on dit au revoir aux copains et zouuu on fout le camp!
Après plusieurs années à vivre en Allemagne et avant de partir à l’autre bout du monde, j’ai décidé de partir à la découverte de mon pays et j’ai sillonné les routes de France… à vélo!
Détours de France – Juiller, Août, Septembre 2018
3 mois plus tard et 5000 km plus loin, j’ai pris mon baluchon et je suis partie sur les routes de Nouvelle-Zélande, à deux roues encore, mais cette fois-ci avec un moteur au milieu !
J’ai démarré mi-novembre 2018 mon voyage avec ma BMW, une 650GS de 2006, mi route, mi adventure bike, c’est la moto idéale pour rouler ici.
Du vent à vous décoller le slip, de la pluie à vous tremper jusqu’aux rotules, des moutons et des vaches au travers des routes, des gravel roads (pistes de graviers et de terres), des locaux en 4×4 un peu impatients et des touristes en van complètement inconscients, tout ça sur des routes sinueuses, c’est clairement un gros défi en termes de conduite pour moi.
Les premières semaines, après m’être gaufrée quelques fois, à me geler les fesses sur la selle et dans la tente, je me suis vraiment demandée « mais bordel… quelle idée à la con j’ai encore eu là?! ».