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CHÈRE MAMIE #9

LÉGÈRE 

Chère mamie,

J’ai quitté la ferme il y a quelques semaines de ça maintenant. J’ai dit au revoir à Bruce qui me regardait paqueter tout mon petit bazar sur la moto. Y en avait tellement, qu’elle est tombée à la renverse pendant que je fixais les extenseurs! 

Un dernier café avec mon boss, un regard sur les champs autours et les vaches qui ressortent par petits groupes de la salle de traite pour rejoindre le près où elles passeront la nuit. 

Je me souviendrais de 1818, Dave, qui m’avait écrabouillé sans le vouloir contre une barrière le jour de mon anniversaire. Je me souviendrais de 1653, Goss, qui pendant tout le temps du vêlage m’a laissé la caresser, la gratouiller et l’enlacer quand à minuit je venais voir quelles vaches avaient mis bas dans la grange. Je me souviendrais de 8242, la lente qu’il faut laisser faire deux tours complets sur la plateforme. Je me souviendrais de celles qui kickent avec leurs sabots tout crottés, qui agitent la queue et me smackent magnifiquement la joue dans des éclaboussures de boue et d’urine… pendant que je râle et jure en français à travers la salle de traite. Je jurais et puis je riais aussi beaucoup. Quand elles déposaient délicatement sur le dessus de ma casquette une gracieuse bouse avant de quitter la plateforme, je riais et déclarais que c’était bon joueur, que je ferais sûrement la même à leur place. J’ai souvent dis à mon patron que je serais la pire des peaux de vaches si j’étais l’une d’entre elle. A quoi il répondait que je finirais rapidement à l’abattoir. Fin de l’échange ! 

Je me souviendrais de ces majestueuses bêtes, leur curiosité, leurs caractères, leur folie candide et leur resilience. 

Je regarde une dernière fois cette plaine bordée de montagnes que j’ai si souvent observées et capturées trois saisons durant. 

Et puis enfin je roule. Je ne rentrerais pas tout de suite, non. L’univers a encore quelques aventures dans son sac de voyage pour moi. Tout ce que je sais de l’avenir est que je ne sais rien de lui. Et ça me fait sourire sous mon casque. Ce qui pouvait m’effrayer dans le passé, me pousse en avant aujourd’hui. Des peurs j’en ai toujours bien entendu. Mais je me suis débarrassée au fil des kilomètres des fardeaux invisibles que l’on traine avec soit depuis l’enfance. Je suis légère et je n’ai plus peur de suivre mon instinct, d’écouter ce que mon ventre me dit. 

Des peurs j’en ai bien entendu. J’ai peur de ne pas te voir mamie. Que la vie que j’ai choisie et qui me rend heureuse me fasse sacrifier les gens que j’aime le plus au monde. 

Alors aujourd’hui je lance un vœu, je laisse les oiseaux le récolter et le déposer du bout de leurs becs sur la terrasse de ta chambre. Légèrement. Je fais un vœu que tu entendras, il est de ceux qui n’ont pas de mots. Je sais que tu le comprendras, car tu es de celles qui parlent le langage des moineaux.

Mamie je t’aime.

Ta biquette

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