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SAUVETAGE

Là, comme maintenant, je devrais avoir les fesses enfoncées dans le fauteuil d’un terminal d’aéroport, shootée par les effluves de parfum détaxé, la face endormie et les yeux gonflés par les décalages horaires et l’attente, quelque part entre l’Australie et la France. Je devrais. 

Mais là, tout de suite, j’ai les fesses calées sur la selle de ma moto – je t’écris dans ma tête, tu vois – inondée par l’air salé qui filtre à travers le casque, la tête vissée et les yeux collés à la route, quelque part sur la côte sud de Tasmanie. Je me suis sauvée.

Je me suis sauvée. Il y en a quand ils se sauvent, ils prennent leurs jambes à leur cou, ils mettent les voiles, partent en courant. Mais moi, je me suis sauvée sans bouger d’un pouce. J’ai décidé de ne pas rentrer. 

J’aurai pourtant du rentrer, c’était prévu, booké. J’avais prévenu, tout organisé et puis un vol a été annulé, et puis un autre. Et puis je me suis dit que l’univers était pas prêt, que moi non plus, et que quitte à revenir là-bas autant le faire quand j’en aurai fini ici. 

Ici, là, tout de suite. 

J’ai quitté la ferme, dis au revoir aux vaches et au chien Bruce. J’ai massé mes mains abimées avec de l’arnica, remis en place le ressort du piège à souris. Un coup de balais, pas même une larme, trop heureuse de casser une routine déjà installée. Hop, j’ai décampé. J’ai regardé l’avion décoller sans moi et j’ai envoyé mon sac à dos par la poste, me dépouillant des quelques jolies choses que je possédais et ne gardant que les vielles sapes limées, les chaussettes rafistolées. 

Je marine un peu entre deux eaux en ce moment, sachant pas bien où-quoi-comment mais je me fais pas de bile, l’univers va me lancer son signal et alors je saurai quand sonnera l’heure de tailler la route à nouveau. Du coup, je me prépare. 

Je me prépare au continent, à la chaleur, aux serpents, au désert. 

Je me prépare au sable, aux crevaisons, à la pluie, aux fourmis.

Je me prépare pour l’Australie et la suite du voyage que je ne pouvais pas arrêter. Je me prépare à l’imprévisible, à cette vie que j’embrasse et qui me fait vibrer.

Et dans tout ça, peut-être qu’à un moment donné, je te rencontrerai. 

Qui sait ?

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